Cannes 2021CinémaCultureKidsGEn.ALe magazine
  • Critique
  • Article
  • 5 min

"Promising Young Woman" : un revenge-movie pédagogique

  • Timé Zoppé
  • 2021-05-25

A travers ce revenge movie post-#Metoo porté par Carey Mulligan, Hollywood tente de redorer son blason en coulant une pédagogie appliquée dans un moule de blockbuster alléchant. Sous des ficelles parfois grossières, le film pose de bonnes questions.

"Promising Young Woman" se donne tous les atours d'un bon divertissement pour délivrer son avertissement : un seul film de gros studio sur le sujet ne suffira pas pour en finir avec #Metoo.

Maintenant débarrassée de son plus grand prédateur, Harvey Weinstein, une partie de l'industrie hollywoodienne s'échine à montrer qu'elle a compris la leçon. Promising Young Woman se veut ainsi la réponse du studio Universal, qui a embauché au scénario et à la réalisation Emerald Fennell, showrunneure de la saison 2 de la série Killing Eve

Carey Mulligan y campe une serveuse qui a dû lâcher ses études de médecine et s’applique maintenant à dissuader les « forceurs » de soirées à passer à l’acte avec des femmes ivres ou inconscientes, en se faisant passer pour l’une d’elles. Si cet axe revanchard reste pondéré du côté de l'héroïne (dont la violence physique ne se dirige que sur des objets inanimés), le film surprend autrement, en pointant des pièges d'une autre nature, encore plus difficiles à désamorcer.

Dans sa spirale infernale de revanche, la serveuse se met ainsi à intimider d'autres femmes à l'aide de moyens éminemment discutables, aux prises entre sa loyauté envers sa meilleure amie violée et sa volonté de faire sororité face au patriarcat. L'autre versant du film, une comédie romantique classique, est dynamité par un twist révélant toute l'hypocrisie du supposé « good guy ».

La cinéaste évite par là la stratégie « not all men », cet argument visant à balayer la réalité des violences patriarcales systémiques en mettant toujours en avant le fait que tous les hommes ne sont pas violents ou abusifs. Si la résolution du film, avec son improbable « happy end » noyé dans une grande noirceur, peut paraître irréaliste, c'est peut-être justement pour suggérer en creux que dans la réalité, ça ne se passera pas comme ça.

Qu'il faut continuer à s'activer, à poser les bonnes questions, à prolonger le débat. En somme, comme son héroïne qui se grime en bombasse vulnérable pour mieux faire passer son message, Promising Young Woman se donne tous les atours d'un bon divertissement pour délivrer son avertissement : un seul film de gros studio sur le sujet ne suffira pas pour en finir avec #Metoo.

Promising Young Woman d'Emerald Fennell, Universal Pictures International (1h48), sortie le 26 mai 2021

Images : Copyright Focus Features

Inscrivez-vous à la newsletter

Votre email est uniquement utilisé pour vous adresser les newsletters de mk2. Vous pouvez vous y désinscrire à tout moment via le lien prévu à cet effet intégré à chaque newsletter. Informations légales

Retrouvez-nous sur