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« L’Innocent » de Louis Garrel : braquage en (belle) famille

  • Marilou Duponchel
  • 2022-10-09

Louis Garrel réalise une merveilleuse comédie existentielle, familiale et amoureuse aux airs de polar et de film de casse. Anouk Grinberg, Roschdy Zem, Noémie Merlant et Louis Garrel y sont démentiels.

C’est à nouveau une histoire de famille, ou disons de filiation. Après avoir exploré dans ses premiers films (Les Deux Amis, L’Homme fidèle) un territoire proche du père, thématiquement garrelien (triangulations amoureuses et affres du désir), Louis Garrel s’inspire de la mère, Brigitte Sy, comédienne, cinéaste et dramaturge. Son histoire, elle l’avait déjà mise en scène dans un film, Les Mains libres, soit le récit d’une femme bientôt éprise d’un prisonnier. De ce film, L’Innocent est le contrechamp, ou plutôt le contre-pied. À la tentative de restitution d’une expérience intime et de son souvenir par la mère répond la vision fantasmée et rocambolesque du fils.

Louis Garrel : « Dans le film, c’est un peu la théorie de la marche : pour avancer, tu es obligé de te déséquilibrer.  »

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Le fantasme prend vie ici dans un pur registre de comédie noire à haute cadence, tenue en équilibre entre un burlesque franc et quelque chose de plus sourd, plus dépressif, amoché comme l’est le cœur d’Abel (Louis Garrel), déjà veuf malgré son jeune âge. Tout L’Innocent s’accorde à ce mouvement de balancier, à ce changement de ton où les teintes bleutées du polar côtoient le rose bonbon kitsch d’une boutique de fleurs, jusqu’à être contaminé par un symptôme qui sied si bien à ses frères de cinéma (Woody Allen, Pierre Salvadori) et leurs antihéros gauches et paranos. L’acteur-cinéaste singe à la perfection cette nervosité et cette inquiétude qui lui font voir d’un œil suspicieux le monde, terrain de jeu hostile que son intelligence curieuse contraint pourtant à affronter.

Si L’Innocent est un film-fantasme, c’est qu’il a cette qualité romanesque qui lui permet de croire à tout et de viser une efficacité qui traduit aussi une joie de faire et de jouer. Dans ce film, il y a d’ailleurs plusieurs scènes d’acting, d’exercices de jeu comme au théâtre, dont une prodigieuse que Louis Garrel et Noémie Merlant, dont on n’avait pas soupçonné le génie comique, répètent puis exécutent. Avec elle, le film s’emplit d’une musique profonde sur l’art de jouer comme sauvetage et sur l’expression du sentiment amoureux. Comme les paroles d’une chanson de variété qui dirait : « Et on démarre une autre histoire, mais, ça, c’est une autre histoire. »

L’Innocent de Louis Garrel, Ad Vitam (1 h 39), sortie le 12 octobre

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