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« La Pièce rapportée » : une hilarante satire vaudevillesque

  • Jonathan Trullard
  • 2021-11-29

La bourgeoisie hors sol dans un vaudeville hilarant. Antonin Peretjatko confirme son talent pour la caricature sociale, porté par un casting impeccable – Josiane Balasko, Anaïs Demoustier, Philippe Katerine.

« Huit “gilets jaunes”, zéro sanglier. » C’est par une scène satirique de chasse à courre que démarre La Pièce rapportée, nouveau film cartoonesque d’Antonin Peretjatko (La Fille du 14 juillet, La Loi de la jungle). On y suit la bourgeoise famille Château-Têtard, tenue par Adélaïde, « reine mère » interprétée tout en démesure par Josiane Balasko. Lorsque son fils, Paul, tombe amoureux d’Ava, jeune guichetière de la RATP, tout bascule pour ce petit entre-soi aristocratique du XVIe arrondissement parisien. Incarné par Philippe Katerine et Anaïs Demoustier, le couple aura fort à faire face à « maman », sans scrupules dans sa détestation de cette « petite pute » issue d’une classe sociale inférieure.

Adaptée de la nouvelle Il faut un héritier de Noëlle Renaude, cette comédie hautement politique jongle avec les références au macronisme. Entre suppression de l’ISF et théorie du ruissellement, elle souligne la ridicule et pourtant féroce violence des ultrariches. Mais ici la pièce rapportée n’a pas de conscience politique. Ava s’intègre, s’embourgeoise, sans ambition de renverser l’ordre établi, et le cinéaste de pointer comment le désir de richesse gomme toute préoccupation de justice sociale, sans jamais perdre de vue le registre comique, vaudevillesque. Ce film puzzle enchaîne les gags, soutenu par une mise en scène toujours fluide, minutieusement travaillée et inventive – espièglerie Nouvelle Vague, regards caméras, vues en plongée, voix off, musique de Mathieu Lamboley et costumes de Sidonie Pontanier qui, d’une jupe, donne toute la couleur de l’évolution des personnages. Comme avec ses deux précédents opus, Peretjatko propose ainsi une réconciliation entre cinéma comique et politique, inventif et grand public.

L'interview « jeux de société » d'Antonin Peretjatko

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Mais la force du film vient aussi de ce casting parfait, des premiers jusqu’aux seconds rôles. Sergi López en amant majordome, Philippe Duquesne en limier clope au bec, William Lebghil en détective sensible, réincarnation clownesque du Jean-Pierre Léaud de Baisers volés… Le choix de Philippe Katerine et Josiane Balasko est évidemment, lui aussi, impeccable. Pull sur les épaules, mèche sur le côté, le premier excelle dans ce rôle de fils à maman voulant « faire entrer le bonheur dans la maison ». De même pour l’actrice qui, dans la peau de cette mère acariâtre, raciste et dominatrice, s’insère parfaitement dans l’univers de Peretjatko. Il y a presque dix ans, celui-ci raillait le discours sarkozyste dans La Fille du 14 juillet. Dans La Pièce rapportée, le cinéaste continue d’asperger au vitriol ce capitalisme qu’il exècre.

La Pièce rapportée d’Antonin Peretjatko, Diaphana (1 h 26), sortie le 1er décembre.

Image (c) Diaphana Distribution

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