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  • Cannes 2021
  • Article
  • 2 min

« La Fracture » de Catherine Corsini : folle nuit

  • Renan Cros
  • 2021-07-10

Catherine Corsini entraine Marina Fois, Pio Marmaï et une impressionnante Valeria Bruni-Tedeschi dans une nuit cauchemardesque à l’hôpital. Tendu, drôle et très humain. La surprise de la compet’.

Au départ, un couple bourgeois. L’une (Marina Foïs) veut quitter l’autre (Valéria Bruni-Tedeschi). Une course dans la rue, une chute, direction les urgences. Pendant ce temps, la France des Gilets Jaunes s’embrase et un jeune routier (Pio Marmaï) blessé par une charge policière est admis en urgence. Comment ces deux mondes peuvent cohabiter ? Comment la crise d’un couple peut-elle faire échos à la crise sociale d’un pays ?

Le pari était risqué, il est brillamment réussi. Enfermant ses personnages le temps d’une nuit chaotique dans un hôpital parisien délabré, Catherine Corsini va mêler avec brio la douleur des corps et les blessures des cœurs, l’humiliation et la violence en osant un film constamment au bord de la folie. Là où Thomas Lilti filmait dans la brillante saison 2 d’Hippocrate l’hôpital en plein burn-out, Corsini opte pour un film comme une crise de nerfs.

Par une mise en scène sous tension, très rapide et nerveuse, elle capte les dysfonctionnements graves de l’hôpital public français, l’abnégation et l’empathie du personnel (révélation d’Aissatou Diallo Sagna, bouleversante en soignante dévouée) mais aussi les violences policières, les débordements et la détresse d’une France exsangue.

Mais Corsini sait aussi d’où elle parle. Par le biais de ce couple, elle fait un léger pas de côté. Par le choc des classes, la façon de faire s’entrechoquer l’intime et le politique, le féminin et le masculin, elle réussit à donner un souffle burlesque, quasi absurde, qui retranscrit avec justesse une sorte d’épuisement collectif où tout devient épidermique.

Dans une composition géniale, tout en débordements burlesques, Valeria Bruni-Tedeschi tord la salle de rire, comme une catharsis de toutes les tensions de l’époque, comme on arrache un sparadrap d’un coup sec, comme une façon de faire société malgré tout. L’effet est imparable. Et dans ce mélange de terreur, d’épuisement et d’humour émerge la force d’un cinéma inquiet, qui redessine le monde, le caricature à peine – juste ce qu’il faut - pour tenter de comprendre pourquoi il va si mal et comment, peut-être, le réparer.

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