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« Gerry » de Gus Van Sant : les rois du désert

  • Léa André-Sarreau
  • 2022-08-19

Deux amis anonymes perdus dans la Vallée de la mort. Avec ce pitch simple, Gus Van Sant signait en 2003 une oeuvre sidérante, sibylline, chargée d’une grande puissance plastique. Le film est à revoir en salles cette semaine.  

Entre le blanc terrassant du soleil et le bleu réconfortant de la nuit : le road-trip de Gus Van Sant, premier opus d’une trilogie existentielle complétée par Elephant (2003) et Last Days (2005), oscille entre ces deux teintes. Une façon d’introduire le spectateur dans un univers épuré jusqu’à l’os, vidé de tout repère spatio-temporel, si ce n’est celui de l’alternance sommaire entre jour et nuit.  Celui dans lequel évoluent les personnages de Matt Damon et Casey Affleck, deux amis prénommés Gerry lancés dans une traversée de la Vallée de la mort. Incapables de retrouver leur voiture, ils continuent à pied dans le désert californien…

Gus Van Sant, force tranquille

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En délestant son récit de toute psychologisation (que recherchent les personnages ? qui sont-ils l’un pour l’autre ?), Gus Van Sant démontre son génie de plasticien. Ici, l’errance n’est pas conceptuelle, elle s’éprouve à l’écran. Malgré sa froideur formelle, son dénuement, Gerry regorge de détails qui mettent à l’épreuve l’endurance du spectateur. C’est une bande-son assourdissante – les rafales indifférentes du vent, les chants d’oiseaux de mauvais augure -, des travellings étirés qui dilatent le temps, des contre-plongées vertigineuses qui transforment les personnages en colosses aux pieds d’argile. 

« The Discipline of D.E. » de Gus Van Sant

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On serait facilement tenté de réduire le film à sa filiation beckettienne, en y lisant une variation expérimentale sur la recherche d’un absolu qui conduirait tout droit à la mort, une relecture biblique de la traversée du désert, dans laquelle les Dieux seraient morts. Mais à l’aune de ses suites informelles, Elephant et Last Days, Gerry nous apparaît plutôt comme une étude du mystère adolescent, avec tout ce qu’il comprend d’idéalisme et de rêves brisés.

Gerry de Gus Van Sant, 1h43, Carlotta ressortie le 17 août

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