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Vu au festival des Trois Continents : « Days » de Tsai Ming-liang, baume au corps

  • Léa André-Sarreau
  • 2021-11-25

Lent et énigmatique, le onzième long-métrage du cinéaste taïwanais (« The Hole », « La Saveur de la pastèque ») esquisse l’étreinte charnelle et secrète de deux hommes, engloutis par les bruits de la ville. Une expérience esthétique radicale, d’où s’échappe une tendresse infinie.

Avant de devenir des personnages, les héros de Days nous parviennent d’abord comme deux corps que tout oppose, hormis leur solitude enracinée. L’un est un quadra abîmé (Kang, joué par Lee Kang-sheng, acteur fétiche de Tsai Ming-liang) qui cherche à soulager une mystérieuse douleur du dos par l’acupuncture ; l’autre (Non, interprété par Anong Houngheuangsy) a la vigueur de la jeunesse, silhouette volubile et robuste. Dans une alternance de plans-séquence fixes, Tsai Ming-liang déroule le fil de leur quotidien. Kang écoute la pluie, observe les arbres aux abords de sa grande maison, Non épluche des légumes pour préparer le ragoût traditionnel de son village.

Puis, soudain, au hasard d’un massage thaï tarifé que Non prodigue à Kang dans une chambre d’hôtel à Bangkok, et comme si la mise en scène minutieuse de Tsai Ming-liang avait provoqué la rencontre, les lignes parallèles de leur existence se croisent. Le temps d’une longue séquence à huis clos, dans la moiteur d’une lumière déclinante, Non soulage de ses doigts de magicien les muscles meurtris de Kang, et la palpation vire à la caresse.

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Prémices d’une histoire d’amour, instant capturé d’une relation au long cours, simple rendez-vous monnayé ? On ne saura pas ce qui unit ces deux êtres, véritables pages blanches d’un récit énigmatique dont il faut accepter les creux narratifs pour mieux s’abandonner à sa puissance sensorielle. Seul compte ce corps-à-corps étonnement doux malgré sa crudité, où les bruits glissants de l’huile de massage, les gémissements de Kang remplacent la parole – dénué de dialogues, le film déploie d’ailleurs une partition hypnotique de sons du quotidien – et où le hors champ pudique est toujours utilisé à bon escient.

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Mais Days ne se réduit pas à cette séquence centrale, fulgurante et hypnotique, sorte de parenthèse en forme de renaissance pour Kang. Si cette acmé d’émotion et d’érotisme, où les épidermes se frôlent et se consolent enfin, est rendue possible, c’est grâce à la patience de Tsai Ming-liang, qui construit dans la première partie de son film un dispositif radical, susceptible d’éconduire son spectateur en route.

Répétitions de gestes prosaïques de la vie ordinaire, regards dans le vide des personnages, symphonie d’une pluie triste qui s’écrase sur les fenêtres et minutes dilatées par l’absence d’action… Days est aussi une épreuve temporelle, un marathon des sens pour celui qui le regarde, et pourrait laisser divaguer son esprit au gré d’une lenteur hermétique. Pourtant, il faut s’y frotter, tant Tsai Ming-liang offre en retour une troublante et viscérale méditation sur les maux du corps et ses remèdes. 

Days de Tsai Ming-liang, sortie prochainement 

Images © Copyright Homegreen films

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