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« Une histoire d’amour et de désir » : une tendre symphonie charnelle

  • Damien Leblanc
  • 2021-09-01

Récit d’une rencontre amoureuse sur fond de littérature érotique arabe, le deuxième long-métrage de Layla Bouzid (doublement primé au dernier Festival du film francophone d’Angoulême) touche par la force de son regard sensoriel.

Étudiant français d’origine algérienne, Ahmed (Sami Outalbali) rencontre dès ses premiers jours à la fac Farah (Zbeida Belhajamor), jeune Tunisienne dynamique tout juste arrivée à Paris. Troublé par le caractère entreprenant de l’étudiante autant que par les cours de littérature courtisane arabe que les deux jeunes gens suivent ensemble, Ahmed – qui habite encore chez ses parents en banlieue – découvre des sensations inédites et se retrouve tétanisé par son désir pour Farah.

Après le remarqué À peine j'ouvre les yeux, où elle filmait les aspirations musicales et la soif de révolte de la jeunesse tunisienne, la réalisatrice Leyla Bouzid change de décor. Dans le cadre quelque peu feutré d’un cursus de Lettres à la Sorbonne, la cinéaste se concentre sur les dilemmes intimes d’un garçon timide et filme par touches subtiles la naissance d’un sentiment amoureux contrarié. Célébrant au passage la sensualité d’une tradition littéraire arabe méconnue, Leyla Bouzid érotise progressivement ses personnages en prêtant attention à une infinité de gestes, mouvements et autres éveils sensoriels.

Au-delà des notions d’amour et de désir, c’est aussi un cheminement du regard que le film met en scène : au fur et à mesure qu’Ahmed et Farah apprennent à se connaître et se comprendre, le jeune étudiant est ainsi invité à une totale révolution du regard qu’il porte sur lui-même, sur sa propre masculinité et sur ses propres préjugés.

Après une introspection complète, le désir physique peut enfin épouser son destin, semble nous dire la cinéaste, qui assume de porter ici un point de vue féminin sur le corps masculin et de renverser les habitudes. Sublimé par une musique originale de Lucas Gaudin, qui a créé une ritournelle jazzy obsédante et extatique, Une histoire d’amour et de désir (qui a récemment le prix du meilleur film et celui du meilleur acteur à Angoulême) multiplie les émancipations et les déblocages pour offrir une tendre symphonie charnelle.

: Une histoire d'amour et de désir de Leyla Bouzid (1h42, Pyramide), sortie le 1er septembre

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