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« Harka » : la révolution en cendres

  • Joséphine Leroy
  • 2022-10-27

Des années après une révolution tunisienne prometteuse mais sans effet, Lotfy Nathan filme, par le truchement d’un héros poussé à bout, une jeunesse désenchantée. Ce drame révèle le talent d’un cinéaste et de son acteur, Adam Bessa, Prix d’interprétation Un certain regard à Cannes.

En décembre 2010, un jeune vendeur ambulant de fruits et légumes, Mohamed Bouazizi, dont les autorités avaient confisqué la marchandise, s’immolait dans la rue. Ce geste radical et tragique conduisait à la « révolution du jasmin » puis à la chute du gouvernement de Ben Ali, à la tête du pays depuis 1987.

Dix ans plus tard, le cinéaste égypto­-américain Lotfy Nathan montre, dans Harka, une Tunisie toujours en feu, asphyxiée par la corruption et la précarisation. Comme si la révolution n’avait jamais eu lieu, Ali (intense Adam Bessa, filmé au plus près), son jeune héros solitaire, travaille dans la contrebande d’essence et doit subvenir aux besoins de ses sœurs après la mort de leur père.

Tout en nous faisant déambuler dans des paysages sublimes, la caméra de Lotfy Nathan nous fait basculer dans la folie qui ronge progressivement Ali. Et nous fait traverser avec lui les territoires ensablés, les cendres de la révolution sous les pieds. Il raconte aussi à quel point la jeunesse fantasme une Europe synonyme pour elle de liberté. Tout en diagnostiquant cet état grave, le film appelle à éveiller les consciences, des deux côtés de la Méditerranée.

Harka de Lotfy Nathan, Dulac (1 h 27), sortie le 2 novembre

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