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Vu à la Berlinale : « Coma » de Bertrand Bonello

  • Timé Zoppé
  • 2022-02-07

Avec « Coma », Bertrand Bonello signe peut-être son film le plus personnel à ce jour. Une déclaration d'amour et d'espoir à sa fille et à la jeunesse actuelle en forme de geste radical, objet théorique sur les limbes qui n'oublie pas, comme de coutume chez le cinéaste français, d'explorer une dimension très sensorielle.

Tout commence par des images en plans tellement serrés qu'on ne peut distinguer ce que l'on voit, seulement des pixels. Sur ce réel vu de si près qu'il en devient abstrait, Bertrand Bonello livre, en sous-titres sans voix-off, une lettre d'amour à sa fille Anna. Il y parle du confinement, de l'éclatement du temps – le présent comme anéanti, impossible à lire car lui aussi regardé de trop prêt, qui ne permet plus qu'une projection dans le passé et le futur. Il évoque sa précédente tentative, avec Nocturama en 2016 (qu'il dédiait justement à sa fille), de capter la jeunesse d'un geste vif et brut, qui s'est finalement complexifié en le faisant.

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Puis Coma bascule dans la fiction, et nous voilà dans une chambre, confinés avec une ado très connectée (Louise Labeque, révélée dans Zombi Child, le précédent film du cinéaste, en 2019). Ses journées sont rythmées par le visionnage de curieuses vidéos de développement personnel sur la chaîne YouTube d'une certaine Patricia Coma (parfaite et inquiétante Julia Faure), par ses rêveries sur ses poupées Barbie qu'elle imagine dans un soap mixant Les Feux de l'amour et Donald Trump, ou encore par ses visio avec ses amies, durant lesquels elles échangent sur leurs tueurs en série préférés. En fil rouge, des séquences oniriques dans une forêt plongée dans les limbes d'une fausse-nuit, une nuit américaine, et peuplée de cris et d'ombres terrifiantes... ou parfois de la sympathique chanteuse Bonnie Banane, qui se dédouble.

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Jusqu'à sa B.O., Coma est le film le plus lynchéen de Bonello – on pense bien sûr à Mulholland Drive, mais plus encore aux trois heures de psyché déréglée d'Inland Empire. Sauf que le Français égraine plus limpidement son programme que l'Américain au fil de son objet filmique en rattachant cette plongée dans les infinies strates du cerveau de son héroïne à l'époque actuelle. À la fascination et même l'attirance de l'ado pour le morbide répond son désir délicieusement fleur-bleu de vivre une histoire d'amour qui serait totalement hors-système, hors-temps. Que ni la société, ni les réseaux, ni elle-même ne jugerait.

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Ce sont ces espaces liminaux, ces entre-deux très propres à notre époque pleine d'incertitudes, où l'on se sent tous – et en particulier les jeunes - au bord du gouffre, que le film vient travailler. Et sur lesquels il vient aussi, bizarrement, rassurer. Car s'il pointe du doigt une communication, des artefacts et des sciences qui se déstructurent et se dérèglent dangereusement, il ne désespère pas. Coma suggère plutôt que tout ce chaos n'annoncerait peut-être pas la fin du monde mais serait en fait un état de limbes capable de mener, au bout de ce chemin terrifiant et mal éclairé, à une renaissance.

Image (c) Les Films du Bélier / My New Picture / Remembers

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