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« Falling » de Viggo Mortensen : au fond du gouffre

  • Damien Leblanc
  • 2021-05-12

Pour sa première réalisation, Viggo Mortensen plonge dans l’un des gouffres idéologiques et générationnels qui scindent actuellement les États-Unis. À travers la relation houleuse entre un Californien progressiste (campé par Mortensen) et son père (Lance Henriksen), vieux cow-boy conservateur en train de sombrer dans la démence, il ausculte méthodiquement les possibilités de réconciliation.

Ayant fui la campagne de son enfance, John coule désormais des jours heureux avec son époux et leur fille adoptive en Californie. Quand son père, isolé dans le ranch familial, commence à manifester des signes d’affaiblissement physique et mental, il se voit dans l’obligation d’accueillir ce vieil homme aux idées conservatrices et aux propos homophobes et racistes, le temps de lui trouver un nouveau foyer sur la côte ouest. Le patriarche se montre particulièrement amer et cruel envers son fils, qui s’est résigné, cette fois-ci, à encaisser les coups sans tenter de les rendre…

Pour son premier film, Viggo Mortensen fait le choix aussi audacieux que réussi du récit en puzzle : cette trame dans laquelle père et fils adultes s’affrontent froidement sur le plan idéologique est percée de flash-back retraçant l’enfance de John dans la ferme familiale et la rencontre de ses parents. S’ils sont retranscrits dans une ambiance ouatée et onirique, ces fragments de souvenirs, qui semblent surgir de la mémoire en déréliction du père alors au crépuscule de sa vie, permettent pourtant de saisir la violence sourde qui régnait dans ce foyer baigné de virilisme. La belle idée de Viggo Mortensen est de nous maintenir suspendus à la possibilité de communication tardive entre le père et le fils, délivrant de furtifs mais chaleureux instants de réconciliation tout en évitant l’ornière de la conclusion manichéenne.

3 QUESTIONS À VIGGO MORTENSEN

À quel point le film est-il autobiographique ? 

Je voulais au départ écrire à propos de choses que j’ai apprises sur ma famille lors des funérailles de ma mère. En rentrant chez moi en avion cette nuit-là, j’ai ainsi noté dans un carnet tout ce dont je pouvais me souvenir, comme des conversations de mon enfance, auxquelles se sont ajoutés des souvenirs d’autres personnes ayant connu ma mère. Puis ces notes se sont transformées en une histoire sur une famille fictive.

 

Par cette opposition entre un père haineux et un fils progressiste, vouliez-vous traiter des actuelles divisions de l’Amérique ?

Les conflits familiaux et les discours de haine sont présents dans de nombreuses sociétés, pas seulement aux États-Unis. Notre récit se déroule en outre en 2009, quand la polarisation de l’Amérique était moins toxique. Et j’espère que le public se souviendra de nos personnages longtemps après la fin de l’aberration antidémocratique de Trump.

 

David Cronenberg, qui vous a dirigé trois fois, joue ici le rôle d’un proctologue.

J’ai pensé qu’il serait idéal dans le rôle du Dr Klausner. Pas parce que c’est mon ami, mais réellement dans l’intérêt du film. Et, pour les cinéphiles qui le reconnaitront, il y aura probablement un plaisir supplémentaire à le voir jouer ce proctologue en raison des associations qu’ils feront avec sa filmographie.

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