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« Cow » d'Andrea Arnold : la lumière est dans le pré

  • Timé Zoppé
  • 2021-07-08

On avait laissé Andrea Arnold sur les routes US avec son sublime "American Honey" en 2017. Celle qui est aussi présidente du jury Un certain regard cette année nous revient avec un projet déroutant sur le papier : un documentaire sur deux vaches laitières, en sélection Cannes Première. Et, comme tous ses portraits de figures féminines – soit tous ses films -, c’est une grande réussite.

Ça commence par un accouchement en gros plan. Ou plutôt un vêlage : la vache laitière Luma donne naissance à sa petite, un veau à la magnifique tête blanche. Mais déjà, la main de l’homme s’immisce dans le processus naturel ; des fermiers ont encordé les pattes du nouveau-né pour le sortir plus aisément, et le procédé de tractation à quelque chose de violent, de barbare. Après des scènes d’à peine quelques minutes où la mère et sa petite font connaissance, leurs routes se séparent – terrifiants meuglements de désespoir de Luma, qui semble comprendre tout ce qui se joue.

Andrea Arnold, elle était une fois en Amérique

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La caméra d’Andrea Arnold suivra ensuite les destins parallèles des deux belles bêtes, avec l’empathie et le sens de la narration proprement admirables qu’on lui connaît. Sans voix-off, quasiment sans jamais montrer les fermiers – mais sans non plus en faire de diaboliques figures de l’ombre -, Cow nous donne à voir le quotidien bien peu désirable de ces êtres capitaux dans la vie des humains.

Alors que la mère subit indéfiniment le rituel de la traite par un robot dans une ambiance improbable (dans le hangar où les vaches sont traites en cercle résonnent des tubes de pop mélancolique, sans doute pour les détendre – pour nous, humains, c’est archi-glauque), sa petite apprend la vie tout sauf sauvage. Il faut le dire, certaines images sont dures à voir. Mais la cinéaste ne retourne pas nos cœurs par plaisir sadique, plutôt pour chambouler nos représentations, voire carrément la hiérarchie entre les êtres vivants.

En vidéo, le lien entre les héroïnes d’Andrea Arnold et leur environnement

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Ni un documentaire animalier, ni une vidéo de L214 pour lancer l’alerte sur les conditions d’élevage bovin, Cow ne ressemble qu’à une chose : un film d’Andrea Arnold. On se surprend à songer aux scènes d’amour romantiques et planantes d’American Honey en voyant celle où Luma et un taureau se séduisent (une rencontre fomentée par les fermiers, évidemment) au son de « After the Storm » de Kali Uchis, un feu d’artifices perçant la nuit en arrière-plan. Et on pense à la liberté gagnée par les héroïnes de tous ses films (Red Road, Fish Tank, Les Hauts de Hurlevent…) devant cet interlude paradisiaque où les deux vaches vont, chacune de leur côté, paisser dans un véritable champ. Là, le museau enfin dans l’herbe fraîche, à contempler les nuées d’oiseaux dans le ciel et non plus les tristes avions, elles semblent enfin voir le jour.

Du 5 au 22 juillet, le Festival de Cannes est à l’honneur sur mk2 Curiosity. Pour fêter le retour du cinéma sur la Croisette, la plateforme propose gratuitement des films de réalisatrices et de réalisateurs participant à cette 74e édition. Aujourd'hui, on vous propose de revoir Fish Tank d'Andrea Arnold, portrait brûlant de Mia, 15 ans, adolescente survoltée. Le film est disponible ici.

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