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Comment « Us » a réussi à vous donner la chair de poule grâce au son ?

  • Emilio Meslet
  • 2019-11-12

Deadline a interrogé l’équipe de designers et de mixeurs sonores du film.

Dans le cinéma d’horreur de Jordan Peele, la peur n’est mais jamais vaine. Elle a toujours un sous-texte politique. Pour son deuxième long-métrage Us, sorti le 20 mars dernier, le cinéaste avait cette fois décidé de nous terrifier en offrant un miroir dystopique aux sociétés individualistes, dénonçant au passage le mirage de l’American Dream. En bon prophète de l’apocalypse sociale, il s’adresse même directement aux dirigeants : et si nos sociétés créaient leur propre violence ? Que se passerait-il si les opprimés et les laissés-pour-compte se révoltaient contre une classe moyenne préférant son confort matériel à sa conscience politique ? Classe moyenne qui s’incarne dans les quatre membres de la famille Wilson, en vacances dans leur maison sur la côte. Ils voient ces vacances perturbées par l’arrivée de leurs doubles, dont ils ignoraient l’existence, vêtus de combinaison de prisonniers américains, qu’ils devront affronter.

Pour réussir son coup, le réalisateur de Get Out avait besoin de faire naître chez nous une terreur viscérale – et pas juste de faire grimper notre rythme cardiaque à coups de jump scares attendus. Il a été aidé en cela par son équipe de designers et de mixeurs sonores composée des expérimentés Doug Hemphill (Apocalypse Now, Heat) et Ron Bartlett (Blade Runner 2049, Le Cinquième Élément) sous la houlette de Trevor Gates (Get Out, The Haunting of the Hill House). Leur mission : traduire par le son la dimension épidermique et organique de la peur voulue par Jordan Peele. Deadline les a interrogés pour qu’ils nous livrent leurs petits secrets, notamment pour l’effrayante scène d’ouverture, installée au cours d’une fête foraine.

« Trevor m’a dit :  » Les hurlements lors d’une fête foraine ne sont pas très différents des cris lorsque les gens sont terrifiés » et j’ai beaucoup aimé cette idée », raconte Doug Hemphill. Et Trevor Gates de renchérir : « Nous avons essayé différentes choses, mais ce que je voulais vraiment, c’était créer une base de sons naturalistes pour accentuer l’horreur. » Pour créer cette ambiance angoissante dans un lieu a priori enfantin, l’équipe a mêlé les cris émis par de personnes dans des montagnes russes avec de vrais hurlements d’horreur, tout en accentuant le bruit des vagues qui s’écrasent contre la rive. « Il fallait que le son ait un poids », résume Gates.

Les trois spécialistes du son expliquent aussi que Jordan Peele leur a laissé une large marge de manœuvre. « Il vous laisse exprimer votre créativité et s’attend à ce que vous éleviez le film avec des idées auxquelles il n’aurait peut-être jamais pensé », s’est réjoui Ron Bartlett. Ils nous apprennent également que la voix si dérangeante de Lupita Nyong’o, lorsqu’elle est dans la peau de Red (la cheffe des insurgés), a été mixée pour donner une impression de « cordes vocales endommagées après avoir été étranglées ». Ron Bartlett explique comment il a procédé : « Je ne voulais pas trop jouer avec ça, ou aller trop loin. Mais j’ai vraiment accentué les détails avec chaque syllabe. J’ai faire ressortir certains cliquetis et le côté rauque de sa gorge. » Une prouesse réussie puisque cette voix n’en finit plus de hanter nos cauchemars…

Image : Us de Jordan Peele – Copyright Universal Pictures

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