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À voir sur Arte : « Les Années Super 8 » d'Annie Ernaux et David Ernaux-Briot, autobiographie en images

  • David Ezan
  • 2022-05-26

Dans un film-essai aussi modeste que bouleversant, l’écrivaine Annie Ernaux (accompagnée de son fils David à la réalisation) adapte son projet littéraire au médium cinéma et sonde ses souvenirs via des vidéos super huit tournées entre 1972 et 1981.

Qui aurait cru que la grande écrivaine Annie Ernaux, après avoir vu récemment ses livres Passion simple (1992) puis L’Événement (2005) adaptés au cinéma, signerait elle-même son premier film à plus de 80 ans ? C’est pourtant l’un des petits miracles de cette édition cannoise, qui a offert une place de choix à ce projet d’à peine 1h10 centré sur les souvenirs filmés d’Annie Ernaux. Une « mémoire de fille » maintes fois explorée dans son œuvre littéraire, où elle n’a eu de cesse de sonder son propre fantôme. Voilà que cette mémoire s’incarne visuellement, et la jeune femme du début des années 70 d’apparaître en chair et en os.

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Ces vidéos super huit donnent à voir l’épouse et la mère que fut Annie Ernaux avant d’accomplir son rêve littéraire (on l’y voit d’ailleurs écrire sur des coins de table), un peu étriquée dans le roman familial petit-bourgeois que tentait alors d’immortaliser son ex-mari Philippe – le filmeur. Entre anniversaires, virées au ski et voyages pour le moins originaux, les vignettes (muettes) s’enchaînent dans l’ordre chronologique et illustrent à elles seules l’ascenseur social dont a bénéficié l’écrivaine, plongée dans l’époque bénie des Trente Glorieuses tandis qu’elle publiait son premier livre Les Armoires vides en 1974. Les images, apparemment banales, ont tout du « film de vacances » nimbé de faux sourires et pourtant ; comme pour se les réapproprier, Annie Ernaux les commente depuis son présent via un texte qu’elle a écrit pour l’occasion.

D’une bouleversante clairvoyance, comme lorsqu’elle décrit ses affects d’alors en traquant les indices laissés par l’image, les mots de l’écrivaine résonnent aussi avec son grand projet : arracher une émotion universelle à son expérience intime. Conjuguer le trivial à l’extraordinaire. Écrire pour les autres – pour ceux qui n’ont pas la force d’accomplir ce travail, pour ceux qui n’ont pas conservé d’images de leur passé. C’est précisément ce qui nous saisit : si ce récit-là lui appartient, il invoque aussi quelque chose du nôtre. Il rebondit sur les images du nôtre, et ainsi cette vie qui défile à l’écran nous appartiendrait presque…

Pour voir le film, cliquez ici.

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