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Titiou Lecoq : « Les décors changent, la cruauté reste la même »

  • Thomas Messias
  • 2021-10-18

Après Marc Dugain et son "Eugénie Grandet" (sorti le 29 septembre), c’est au tour de Xavier Giannoli d’adapter un autre roman balzacien avec Illusions perdues (en salle le 20 octobre). Et si Honoré de Balzac, mort en 1850, était l’auteur en vogue de 2021 ? Réponse avec Titiou Lecoq, journaliste et autrice ("Les Grandes Oubliées. Pourquoi l’histoire a effacé les femmes vient de paraître chez L’Iconoclaste"), qui a publié en 2019 chez le même éditeur "Honoré et moi", une biographie de Balzac.

 Avec les sorties successives d’Eugénie Grandet et d’Illusions perdues, Balzac semble avoir le vent en poupe. Est-ce parce que son œuvre reste d’actualité ?

Il a raconté la naissance de notre société, le nouvel ordre qui se met en place après la Révolution française, une époque où la finance commence à diriger le monde, et où la réussite individuelle devient le but de l’existence. Toute notre époque y est, au point qu’on peut faire de nombreux parallèles entre Emmanuel Macron et Eugène de Rastignac, l’un des personnages phares de Balzac.

Dans Illusions perdues, Balzac porte un regard terrible sur le monde de la presse et du journalisme.

Il décrit un univers pourri jusqu’à la moelle. Et, en même temps, Balzac a tellement aimé le journalisme qu’à deux reprises il a lancé son propre journal. À son époque, les journaux faisaient l’événement, alors que, de nos jours, ils commentent ce qui s’est déjà passé. Au xixe siècle, un journal pouvait faire tomber un gouvernement ou initier une émeute. Balzac rêvait de détenir ce pouvoir – tout en considérant que les journalistes étaient la lie de l’humanité.

"Illusions perdues" : euphorie balzacienne

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De son vivant, comment Balzac était-il traité par la critique ?

Très mal. Dans les salons de l’époque, on le dénigrait parce qu’il n’était pas noble, on moquait ses origines bourgeoises et son physique. Il ne correspondait pas au modèle du poète romantique tourmenté. Le même snobisme a touché ses livres. On critiquait à la fois ses sujets – il ne parlait pas que des nobles, mais s’intéressait à toute la société – et son style – que l’on trouvait vulgaire. Comble de l’horreur, il était très lu par les femmes, ce qui, selon des critiques de l’époque, démontrait bien la nullité de ses livres.

Xavier Giannoli et Marc Dugain ont choisi d’adapter Balzac de façon plutôt classique, avec des films en costume se déroulant au XIXe siècle. Pourrait-on imaginer une adaptation qui se déroule de nos jours ?

En 2001, France 2 a diffusé une minisérie télé qui s’inspirait à la fois du Père Goriot et d’Illusions perdues [Rastignac ou les Ambitieux, créée par Ève de Castro et Natalie Carter, ndlr]. Pour devenir célèbre, son héros ne choisissait pas le journalisme, déjà has been, mais devenait animateur radio. Il y aurait une adaptation sublime à faire de nos jours dans le milieu des influenceurs. Les décors changent, mais la cruauté reste la même. Fondamentalement, Balzac pose la question de savoir jusqu’où chaque personne est prête à aller pour réussir, et c’est transposable dans beaucoup de milieux professionnels.

Illusions perdues de Xavier Giannoli, Gaumont (2 h 29), sortie le 20 octobre.

Image © Copyright Gaumont

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