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Vu à Venise : « The Lost Daughter », drame intranquille de Maggie Gyllenhaal

  • Timé Zoppé
  • 2021-09-03

Pour sa première incursion derrière la caméra, l’actrice Maggie Gyllenhaal frappe fort. Elle adapte un roman d’Elena Ferrante sur une prof solitaire (Olivia Colman) confrontée à ses démons quand elle voit débarquer une jeune mère (Dakota Johnson) et sa famille louche sur l’île grecque où elle séjourne. Un drame intranquille, anxiogène, qui déploie avec brio des figures maternelles dans leur infinie complexité.

Ce film a remporté le prix du meilleur scénario à la Mostra de Venise.

Leda, élégante quadra américaine, passe ses vacances d’été au bord de la Méditerranée. Le cadre est idyllique, ses appartements du meilleur goût, la mer bleu azur et le personnel charmant. Jusqu’à ce que, alors qu’elle se déverse passionnément sur sa spécialité – la littérature comparée – sur une chaise longue, son bonheur soit interrompu par l’arrivée tonitruante d’une horde familiale qui accapare la plage.

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La vacancière comprend qu’elle va devoir composer, pour le reste du séjour, avec l’envahisseur – une tribu américano-grecque vaguement mafieuse -, avant de se laisser fasciner par une de ses membres, Nina, toute jeune mère à la beauté vénéneuse et l’aura intrigante. Quand la fille de celle-ci disparaît au bord de l’eau, c’est Leda qui la retrouve. Mais c’est alors la poupée adorée de l’enfant qui s’éclipse à son tour, ce qui achève de plonger notre héroïne divorcée dans un véritable tourbillon de paranoïa.

Pour sa première réalisation, Maggie Gyllenhaal n’a pas lésiné, s’entourant de la crème des techniciens (la française Hélène Louvart à la photo et Affonso Gonçalves, collaborateur fétiche de Todd Haynes, au montage) pour façonner une mise en scène suffocante, avec une caméra proche des corps et des trames enchevêtrées. La poupée volatilisée se met ainsi à cristalliser toutes les angoisses, replongeant l’héroïne dans des souvenirs traumatisants, quand elle élevait ses deux filles avec son mari tout en menant de front sa carrière universitaire, une dizaine d’années plus tôt.

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A mesure que la tension de ses années pénibles pour elle refait surface, tout son présent de vacancière se fait menaçant : les regards intrusifs de l’inquiétante famille, le vieux concierge qui tente maladroitement de la séduire, les insectes et les fruits pourris qui envahissent sa chambre, jusqu’aux pommes de pin qui tombent des arbres comme des pierres, au point de la blesser sévèrement. L’immense Olivia Colman, qui lui prête ses traits, passe avec une plasticité déconcertante de la stature de prof assurée et autoritaire à la fébrilité de la proie cernée.

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C’est avec Nina, la jeune mère lasse (interprétée par Dakota Johnson, qui lui confie son air à la fois engageant et mystérieux), que Leda trouve une connexion muette. Liées par un secret indicible, les deux femmes tentent de se soutenir au propre comme au figuré, accablées par le poids du rôle de mère aimante et infaillible dont la société les a chargées. Si elle a parfois la main un peu lourde, Maggie Gyllenhaal va loin dans la nuance. On ne peut que louer une exploration si poussée de la figure maternelle jusque dans ses retranchements les plus troubles.

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