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« The French Dispatch » de Wes Anderson : un hommage gracieux et rocambolesque

  • Damien Leblanc
  • 2021-07-13

Conçu comme un hommage au journalisme et une incursion dans la province française, le nouveau Wes Anderson déconcerte par son éparpillement narratif mais témoigne d’une vision du monde plus personnelle que jamais.

Si Wes Anderson a toujours aimé les histoires enchâssées et les constructions en forme de vignettes, The French Dispatch pousse le dispositif jusqu’à l’extrême. Le scénario s’apparente à la consultation des pages d’un magazine dont le sommaire nous est annoncé dès l’ouverture. Le décès du rédacteur en chef (Bill Murray) de la revue The French Dispatch, dont la rédaction est basée dans la ville fictive française d’Ennui-sur-Blasé, sert ainsi de point de départ au défilement de chapitres qui constituent autant d’articles ayant fait les beaux jours de ce supplément imaginaire d’un quotidien américain.

Le réalisateur de The Grand Budapest Hotel met son talent de conteur au service de cet hommage à une certaine idée - élégante et curieuse - du journalisme, qu’il regarde avec nostalgie. Au sein de décors en carton-pâte s’enchaînent alors divers récits rocambolesques, comme celui d’un assassin séjournant en prison (Benicio del Toro) qui devient un génie de l'art moderne ou encore une relecture de mai 1968 où étudiants et CRS décident d’en découdre lors de parties d'échecs. 

Wes Anderson nous dit toutou

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Omniprésence de la voix off, fétichisme visuel (avec un passage par le film d’animation lors d’une séquence de poursuite), défilé d’un casting quatre étoiles (Adrien Brody, Léa Seydoux, Tilda Swinton, Frances McDormand, Jeffrey Wright) dont chaque membre n’apparaît que quelques minutes à l’écran : on est ici en territoire cinématographique connu, même si Wes Anderson crée une bulle tellement coupée du monde physique et charnel qu’il est souvent difficile de s’attacher aux personnages.

Si plusieurs moments de grâce (comme l’esquisse d’une romance entre les manifestants joués par Timothée Chalamet et Lyna Khoudri) font regretter le côté très éphémère des intrigues, affleure pourtant une vision du monde qui n’a jamais paru aussi limpide de la part de Wes Anderson. Obsédé par les négociations permanentes et les petits arrangements entre individus, le cinéaste semble vouloir contrôler à travers son cinéma l’art de la parole pour mieux résorber l’angoisse du temps qui passe et des mémoires qui se délitent. Et ce film tourné à Angoulême de prendre alors une résonance universelle, celle d’une nécessaire préservation des interactions humaines, toutes furtives et incongrues qu’elles soient.

À écouter : la BO acidulée de "The French Dispatch"

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