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« No Sudden Move » : dans les bureaux du crime organisé

  • Olivier Marlas
  • 2021-09-21

Dans cet élégant film de braquage au casting impressionnant, inédit en salles, Steven Soderbergh promène son habituel regard mordant et ses obsessions pour les fausses pistes. Au cœur du Detroit des années 1950, comme un air de retrouvailles lassantes et réjouissantes.

Que se passerait-il si, au hasard d’une discussion cinéphile, une âme inquiète demandait tout à coup à sa voisine de définir les œuvres complètes de Soderbergh en un seul mot ? Réponse facile : la personne interrogée serait prise de vertige. Difficile de garder les idées claires face à un tel tourbillon d’expérimentations formelles et narratives, films intimes et bricolés dans les marges du système ou succès hollywoodiens à gros budget. Un pied dans le cinéma, qu’il avait juré de quitter en 2013, l’autre dans l’univers du petit écran, auquel il a notamment offert la fantastique série médicale The Knick (2014), le cinéaste américain palmé à Cannes (en 1989 pour Sexe, mensonges et vidéo) ne saurait être réduit à une étiquette.

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Avec No Sudden Move, la griffe de la fiction entretient pourtant un étrange sentiment de déjà-vu, comme un tour de musée très prévisible. Quand un mystérieux truand recrute les porte-flingues Ronald (Benicio Del Toro) et Curtis (Don Cheadle) afin de prendre en otage la famille d’un comptable de General Motors, le temps que ce dernier, « escorté » par un troisième larron, dérobe un document dans le coffre-fort de son patron, une partition un peu loufoque flotte dans l’air… L’esprit ludique de Logan Lucky traverse les enjeux. Ici, l’un des gangsters tombe le masque sur le canapé d’une victime ; son acolyte mange des frites, vautré sur la banquette arrière qui le mène au lieu du casse, où un quiproquo entre le comptable et sa maîtresse chasse les dernières traces de sérieux.

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Au fil d’une intrigue parfois labyrinthique, ponctuée de soubresauts surprenants, on est tenté de croire à un énième pèlerinage sur les terres sacrées du cool. Mais ce serait oublier que Soderbergh reste avant tout un manipulateur virtuose, et que sa légèreté de ton n’a rien d’un cache-misère. Ambiance de film noir dans un Detroit tentaculaire, rongé par le racisme et les inégalités territoriales, thriller radieux qui ensorcelle par sa lenteur et la qualité de ses décors (costumes, autos rutilantes, architecture de la ville) : No Sudden Move ressemble à une visite savoureuse dans les bureaux du crime organisé. Et lorsque des seconds rôles de prestige (Jon Hamm, Matt Damon) nous tiennent la porte avec plaisir, un sourire, enfantin, éclaire soudain notre visage.

le 8 septembre sur Canal +, également disponible sur MyCanal

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