CinémaCultureLe magazine
  • Article
  • 2 min

CANNES 2022 · « Burning Days » d’Emin Alper : film noir turc à la tension poisseuse

  • Margaux Baralon
  • 2022-05-24

Le quatrième long métrage d’Emin Alper, en sélection Un certain regard, est un film noir maîtrisé de bout en bout, qui s’attaque avec vigueur à la corruption et au conservatisme de la Turquie actuelle.

Il est des films qui, dès leurs premières minutes, vous font basculer dans un autre monde. Qui parviennent, en quelques secondes, à éclipser le réel pour imposer le leur, merveilleusement saisissant. Burning Days est de ceux-là. En une image, celle d’un homme et d’une femme au bord d’un gouffre en plein désert, habillée d’une musique dissonante, le réalisateur turc Emin Alper impose une atmosphère troublante, qui s’alourdit encore lorsque surgissent des pick-ups. Dans la petite ville de Yaniklar, en Anatolie, on a l’habitude de pourchasser le sanglier en voiture dans les rues.

Les anciens ont la gâchette facile, les plus jeunes se prêtent au jeu, galvanisés par le sang laissé par le cadavre de la bête traîné dans les rues. Seulement voilà, le nouveau procureur, Emre, ne l’entend pas ainsi. Fraîchement arrivé d’Istanbul, il n’hésite pas à convoquer le fils du maire et son ami, les deux instigateurs de la chasse, pour leur rappeler qu’il est interdit de faire rugir leurs carabines en pleine ville. Mais il est dangereux de chercher à bousculer le désordre établi des institutions locales, surtout à la veille des élections…

CANNES 2022 ⸱ « Novembre » de Cédric Jimenez : thriller sobre sur la traque anti-terroriste

Lire la critique

Emin Alper parvient, dans ce beau film noir, à instiller autant de tension poisseuse dans un dîner que dans une course-poursuite nocturne. Le danger est partout, dans les maisons biscornues envahies par les rats comme aux abords des lacs du désert environnant, dans la moindre poignée de main ou le début d’un regard. La bourgade (fictive) de Yaniklar devient le miroir de la Turquie toute entière, déchirée entre ses envies de modernité, qu’incarne le procureur bien décidé à assainir la politique locale, et son conservatisme homophobe et sexiste, soutenu par une corruption endémique.

CANNES 2022 · « Retour à Séoul » de Davy Chou : en quête d'identité

Lire la critique

Mais Burning Days se garde de tout manichéisme. Emre (excellent Selahattin Paşalı) a beau avoir les meilleures intentions du monde, il se révèle aussi lâche et manipulateur. Emin Alper clôt son film comme il l’ouvre, avec une séquence aussi sublime qu’angoissante, qui sonne comme un avertissement : il n’en faut jamais beaucoup, en Turquie comme ailleurs, pour que le populisme rampant fasse replonger tout un village dans la violence la plus primitive.

Le Festival de Cannes se tient cette année du 17 au 28 mai 2022. Tous nos articles sur l’événement sont à suivre ici.

Images (c) Memento Distribution

Inscrivez-vous à la newsletter

Votre email est uniquement utilisé pour vous adresser les newsletters de mk2. Vous pouvez vous y désinscrire à tout moment via le lien prévu à cet effet intégré à chaque newsletter. Informations légales

Retrouvez-nous sur