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« Babi Yar. Contexte » de Sergei Loznitsa : l'image manquante de l'Histoire

  • Corentin Lê
  • 2022-09-12

Passé maître depuis quelques années dans l’art de monter les images d’archives, l’Ukrainien Sergei Loznitsa signe avec « Baby Yar. Contexte » un documentaire terrassant, dénué de voix off, sur le massacre perpétré en septembre 1941 par l’armée nazie dans un ravin de la banlieue de Kyiv.

Les 29 et 30 septembre 1941, des commandos nazis assassinent, avec l’assistance de quelques bataillons locaux, plus de 33 000 juifs, hommes, femmes, enfants et vieillards, dans le ravin de Babi Yar, aux abords de Kyiv. L’opération, le plus grand massacre de la Shoah en Ukraine, est d’une rapidité et d’une cruauté inouïes. Après la guerre, pourtant, le funeste événement est longtemps resté sous silence, enseveli sous la boue d’un barrage construit sur les lieux du crime en 1952. Poursuivant son précieux travail sur les images d’archives, entamé notamment avec Le Siège et L’Événement (restés inédits en France) consacrés au siège de Leningrad et à la chute de l’U.R.S.S., Sergei Loznitsa livre avec Babi Yar. Contexte un documentaire essentiel qui lève le voile sur ce qui a précédé et suivi le massacre, des ravages causés dans le pays par l’invasion nazie au comblement du ravin par le régime soviétique, en passant par les procès qui ont eu lieu au sortir de la Seconde Guerre mondiale.

Sergei Loznitsa : « L’art permet parfois de changer le langage que l’on utilise pour décrire certains événements »

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Au fil d’un montage patient et méticuleux, le film montre dans un premier temps, étape par étape, le déplacement des troupes et les mouvements de population ayant précédé la tuerie de Babi Yar. Restaurés, colorisés et sonorisés pour l’occasion, de longs panoramiques suivent le mouvement des prisonniers et des soldats, dont les regards croisent, à maintes reprises, celui de la caméra. Ce qui frappe tient à la posture de ces corps qui se savent filmés et semblent nous renvoyer à notre propre regard, à quatre-vingts années d’intervalle. Outre l’absence de voix off, la parole de Loznitsa se bornant à quelques cartons qui précisent, sans s’épancher, le déroulement des événements, la force de Babi Yar. Contexte tient à sa puissance évocatrice, puisque le massacre en lui-même n’a pas été filmé. Reste une poignée de photographies terrassantes sur les traces de la tuerie, suivie au montage par l’arrivée des troupes soviétiques dans les rues de Kyiv. Bouleversant, le film gravite autour de ce hors-champ – de Babi Yar ne resterait ainsi qu’un contexte, comme une image manquante entre deux photogrammes.

Babi Yar. Contexte de Sergei Loznitsa, Dulac (2 h), sortie le 14 septembre

« Mr. Landsbergis » de Sergei Loznitsa

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Image (c) ATOMS & VOID

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