
“ La première image, c’était dans l’émission The Real World. Philadelphia [l’équivalent de Loft Story ; la saison en question a été diffusée de septembre 2004 à mars 2005 sur MTV, ndlr]. Il y avait notamment un personnage gay nommé Willie. Dans un épisode, il ramène un mec dans la maison, et ils sont filmés en train de prendre une douche ensemble, ils se shampouinent les cheveux. C’était de loin le truc le plus érotique que j’avais vu de ma vie. J’ai fait mon coming out à 12 ans. J’ai dit que j’étais gay à tout mon entourage trois jours après l’avoir compris.
« Club Kid » de Jordan Firstman : un récit d’apprentissage queer et crépusculaire
C’est jeune, mais je n’ai jamais réussi à garder quelque chose pour moi – je crois que c’est assez clair maintenant, étant donné la manière dont je m’expose sur les réseaux. Je suis né en 1991, avant l’arrivée d’Internet, mais j’y ai eu accès à partir de l’âge de 10 ou 11 ans. Ça m’a permis de voir du porno en cliquant sur les petites fenêtres qui s’affichaient dans les coins et en patientant pendant le temps hyper long du téléchargement. J’ai l’impression que la plupart des hommes gays ont une obsession pour les icônes féminines, ce qui n’est pas trop mon cas. J’ai toujours été plus intéressé par les hommes et par le sexe avec eux.
Vers 14 ans, je faisais du théâtre communautaire, et je me suis fait une amie, Alana, qui m’a fait découvrir la série Queer as Folk, dans sa version originale. Elle planquait des versions piratées de DVD chez ses parents. J’ai regardé des épisodes et ça m’a semblé dingue, je n’avais aucune idée de ce à quoi ressemblait la vie gay.

Ah ! J’étais aussi obsédé par Stephen Sondheim, le metteur en scène de comédies musicales. Mes potes et moi, on était vraiment des loseurs, on s’échangeait des potins sur lui. J’avais entendu dire qu’il avait un donjon du sexe dans la cave de son appart à New York. Un vrai pervers. J’ai longtemps cherché à changer la représentation des gays à travers mon travail. À la base, je ne faisais ça que pour nous, je ne me suis jamais senti en mission de « normaliser » l’homosexualité pour les hétéros. Ils pensent ce qu’ils pensent. Même si l’homophobie est encore très répandue et vivace, je ne serai jamais quelqu’un qui va se battre pour les droits LGBTQ+, même si c’est hyper important. Il y a des gens bien meilleurs que moi pour faire ça. Je me suis donc toujours plutôt adressé aux gays.”
Club Kid de Jordan Firstman, Metropolitan FilmExport (2 h 02), sortie le 4 novembre