« Club Kid » de Jordan Firstman : un récit d’apprentissage queer et crépusculaire

Découvert dans l’hilarante satire « Rotting in the Sun » (2023) de Sebastián Silva, Jordan Firstman surprend avec ce premier long métrage, un mélo queer aussi drôle que touchant sur un organisateur de soirées un peu cramé, soudain confronté à une paternité insoupçonnée.


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C’est assez génial, la façon dont Jordan Firstman dépeint l’arrivée d’un fils de 10 ans dans la vie de Peter (qu’il incarne), promoteur de soirées queer new-yorkaises, qui n’en soupçonnait pas l’existence. Comme une très mauvaise descente, un tourbillon de vertige, de migraine, de flippe, d’hallu et d’incompréhension. Dans cette scène hilarante, une inconnue se présente chez Peter avec un garçonnet, Arlo, qu’elle lui désigne comme son fils.

Là, ça va très vite, on ne capte rien, on comprend que la mère du kid est morte, qu’elle vivait avec lui en Angleterre, et que Peter est le père. Nous revient alors le vague flash-back en introduction du film, où Peter était au fin fond d’une backroom sous stroboscope, dix ans plus tôt : c’est là, comprend-on, qu’Arlo a été conçu. Ni une ni deux, l’inconnue s’évapore et laisse le père et le fils découvrir leur tout nouveau lien. Peter doit trouver comment harmoniser sa vie nocturne et celle de parent. Il y a dans ce beau premier long métrage quelque chose du Gloria (1980) de John Cassavetes, dans lequel Gena Rowlands incarnait une ancienne call-girl soudain responsable d’un enfant de 6 ans : un côté cavale sensible, une traversée new-yorkaise, une inquiétude constante. Comment queeriser la paternité ? Comment élever un enfant tout en continuant à faire la fête ?

Ce sont les grandes questions du film, auxquelles Jordan Firstman répond finalement de manière un peu crépusculaire et normative à notre goût. Reste que ces questions, ces univers de la parentalité et de la nuit qui se confrontent, permettent au cinéaste des ruptures de ton fulgurantes et souvent bien senties (Cara Delevingne surprend en entrepreneuse bossy, dans son rôle de collaboratrice de Peter). Il maîtrise tout aussi bien le mélo que les virages parfois tragiques du genre, selon un balancement mené avec la plus grande délicatesse. Cela tient parfois à peu de choses, ça peut être un dialogue très simple. Par exemple, quand Peter dit à Arlo qu’il a passé sa vie à vouloir être cool et que, en le rencontrant, il découvre quelqu’un qui n’aura jamais d’efforts à faire pour l’être. Dans ces mots-là sont contenues toutes les douleurs du personnage, sans pathos. Leur rencontre est filmée avec sincérité et éclat mais, ce qui touche plus encore, c’est que le film leur permet d’agrandir toujours plus leur famille choisie.

Club Kid de Jordan Firstman, Metropolitan FilmExport (2 h 02), sortie le 4 novembre