
Moussa. Il fallait lui donner un prénom. Le documentariste algérien Malek Bensmaïl, pour sa première fiction, reprend le vocable employé par Albert Camus dans L’Étranger, l’« Arabe », utilisé pour désigner celui qui sera assassiné par Meursault sur une plage, parce que ce dernier avait chaud. Moussa, c’est le personnage principal de l’ouvrage de Kamel Daoud, Meursault, contre-enquête (Goncourt du premier roman 2015), dont le film s’inspire librement.
Qui était cet homme ? Pourquoi est-il mort ? Pendant la guerre civile algérienne, dans les années 1990, son frère cadet Haroun, âgé, raconte les faits à un journaliste, Kamel… C’est la seule coquetterie d’un film à la mise en scène ambitieuse : il insiste beaucoup sur ce dernier personnage, comme par déférence méta pour l’œuvre qu’il adapte. Du reste, l’ambition de croiser les époques en fait un film ample : du « présent » de la décennie noire algérienne, il remonte jusqu’aux années 1960 et 1940.
Format d’image variable, couleur ou noir et blanc, chaque époque est dépeinte avec ses codes de mise en scène pour illustrer ce que le pays traverse, dans un jeu vertigineux qui n’écrase pas les performances d’acteurs : Dali Benssalah est parfait dans le rôle de Haroun jeune ; Ahmed Benaïssa, disparu en 2022, donne à Haroun adulte une voix et une colère qui guident le film.
L’Arabe de Malek Bensmaïl, sortie le 4 novembre, Les Films des Deux Rives (1 h 46)
