
Peu de cinéastes ont, comme Martin McDonagh, un style aussi singulier à l’écrit. Peut-être parce qu’il vient du théâtre, son cinéma sait faire claquer les mots comme personne. De Bons Baisers de Bruges (2008) à 3 Billboards (2017), dans ses films, une punchline peut blesser bien plus qu’un coup de feu.
D’armes et de mots, il est donc forcément question dans Wild Horse Nine, nouveau film inclassable de McDonagh. Film d’espionnage obscur, comédie de fin de vie, satire abrasive sur l’ingérence américaine dans le monde ou bouleversant mélo d’amitié : tout ça est réuni sur les quelques kilomètres carrés de Rapa Nui, l’île de Pâques. En 1973, depuis le Chili de Salvador Allende, Chris et Lee, deux agents de la CIA, s’envolent pour ce qu’on pense être des vacances vers cette île aux statues mythiques. À moins que ce soit une mission secrète. Ou tout autre chose…

Savamment écrit, avec un art de déplier les enjeux et ses surprises petit à petit, le film nous trimballe dans les pas de ces deux héros mal assortis avec un brio déconcertant. Tour à tour trivial et léger, soudain grave et inquiet, le film navigue en équilibriste, de séquences de discussions improbables en montées de tension soudaines.
Tout ça grâce notamment à l’extraordinaire performance de John Malkovich, tout en rupture et en décalage. Vieil espion qui n’a plus rien à perdre, Chris mélange tout, le vrai, le faux, l’horreur et l’émerveillement, avec une nonchalance tordante et forcément un peu inquiétante. Son face-à-face très franc avec deux jeunes étudiantes chiliennes engagées va devenir l’étincelle qui met le feu aux poudres du film.

On riait de ce duo d’espions loufoques venu d’un cinéma d’avant. Et soudain, notre gorge se serre. Puissamment politique et en colère, mais aussi délicatement mélo, Wild Horse Nine médite avec humour et gravité sur la puissance terrible des forts et le sentiment d’impuissance qui parfois nous accable. Avec peut-être, pour seule arme pour s’en sortir, la possibilité de s’étonner encore.
