Le billet d’humour de Renan Cros : hommage à la fan attitude

Où est-ce qu’on se marre ce mois-ci ? Les recos du journaliste Renan Cros, qui nous conseille aujourd’hui le spectacle « Mes battements » d’Albin de la Simone.


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J’ai grandi dans un monde où il fallait afficher en grand tout ce que tu aimais. Et ça nous prenait des heures. La FM à fond, la sueur aux doigts, on installait sur nos murs des autels religieusement punaisés (ou « patafixés », si l’un de nos parents travaillait à l’Éduc’ nat’), à la gloire de celles et ceux (chanteurs, actrices, films ou sportifs) qui disaient mieux que nous qui nous étions. Des chambres d’ados tapissées de posters, semblables à une grotte de Lascaux du futur, qui témoignent d’une époque où les boys bands avaient trop de pecs et où DiCaprio avait encore l’âge de ses futures girlfriends.

Pourquoi, en vieillissant, on perd ça ? À quel moment renonce-t-on à cette capacité de s’enthousiasmer fort, à l’afficher en grand, au profit d’un poli « Oui, c’est sympa », d’un hochement de tête vaguement en rythme lors d’un concert et d’une déco IKEA ? Ça n’arrive pas à mon amie C. Enfant des nineties, c’est une vraie fan. Capable de traverser le monde pour assister à un concert de Pearl Jam, d’organiser chez elle une entreprise clandestine de bracelets d’amitié Taylor Swift ou de citer par cœur un titre des New Kids on the Block. Elle exprime sa passion comme d’autres pratiquent le karaté : tout en grand écart. Un mélange de souplesse et de caractère qui me fascine. Dans la vie de C., il y a des certitudes. Un sacerdoce qui aurait troqué la soutane pour la robe à paillettes et le tee-shirt de tournée. Dans ma chambre à moi, au début des années 2000, il y avait, entre autres, Albin de la Simone.

Enfin, l’affiche du concert de son premier album. Le regard noir panda, perplexe et drôle, de ce chanteur à particule a accompagné mes dernières années d’ado et mes premières années d’étudiant. Il a vieilli, moi aussi, et, depuis vingt ans, on se retrouve à intervalles réguliers. Albin est drôle, très drôle. Et il sait tout faire. Il s’installe ces jours-ci à Paris, au théâtre du Petit Saint-Martin avec Mes battements, un concert dessiné où il trace sur écran, avec brio, des images de son enfance et des souvenirs qu’il mêle à ses chansons.

C’est drôle, inattendu, doux et bizarre. Albin a changé en vingt ans et, en même temps, pas tellement. Je me dis que moi, pareil. Et ça me rassure. C’est peut-être à ça, aussi, que servent les artistes que l’on aime : à se voir grandir plutôt que vieillir. Dans un monde qui secoue fort, être fan est une bouée, un truc auquel s’accrocher, un refuge pour les mauvais jours. Comme une chambre d’ado à soi. Un endroit pour monter le son et se foutre de déranger les voisins.

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Mes battements d’Albin de la Simone, au théâtre du Petit Saint-Martin, à partir du 4 septembre

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