
Première artiste à avoir déniaisé les peluches, ces « cadavres de l’enfance » qui cristallisent nos névroses, Annette Messager investit l’écrin rétro de cette maison-musée, ce royaume constitué de boiseries grinçantes, de vitrines surchargées et d’animaux naturalisés qui scrutent les visiteurs d’un œil torve. Cousues main et faites de poils de bête, les « bouffonneries macabres » de l’artiste se sont discrètement immiscées dans ce cabinet de curiosités XXL, rejouant un petit théâtre de la cruauté, où se mêlent humour noir et souvenirs de pouponnière.
Si le white cube du rez-de-chaussée accueille classiquement les grandes installations de l’artiste, Messager semble avoir pris un malin plaisir à planquer son bestiaire vicelard et ses jeux de langage au sein même de la collection permanente : sur le marbre d’une commode, sous les pattes d’un sanglier ou entre les griffes d’un ours blanc. Ses créatures chimériques y font figure de vanités, tandis que ses Transports prennent la forme d’un parterre de sculptures noires, fusion orgiaque d’anatomies humaine et animale. On y rencontre aussi des escargots à la coquille en forme de sein, une araignée faite de soutiens-gorge, une peluche de lapin éviscérée, un renard de cartoon tringlant un nounours, des carabines en tissu, un teckel muni d’un masque anti-Covid-19, un écureuil pris dans les mailles d’un filet…

Ce tropisme animal est à l’œuvre depuis son installation Les Pensionnaires (1971-1972), où des cadavres de moineaux gisaient en rang d’oignons, emmaillotés dans des pièces de tissus. S’y dessinait déjà une grammaire de l’inconscient, miroir de la condition humaine et des rapports de prédation qu’elle engendre entre les êtres. Ici, pas d’interprétation clé en main ni de parcours fléché : « Le spectateur doit aussi travailler », affirme-t-elle. Une hirondelle ne fait peut-être pas le printemps, mais on n’est pas là non plus pour peigner la girafe.
« Une hirondelle ne fait pas le printemps », au musée de la Chasse et de la Nature, jusqu’au 20 septembre
