
Mysterious Skin de Gregg Araki (2004)
Sorti au début des années 2000, ce film marque toujours autant par sa pertinence. Dans les années 1980, Gregg Araki suit Neil et Brian, deux enfants victimes du même agresseur. Avec une attention infinie, Gregg Araki les regarde vivre séparément jusqu’en 1991, l’un se souvenant de tous les détails des viols qu’il a subis, quand l’autre vit avec un grand blackout. Jusqu’à ce qu’ils se retrouvent dans une scène salutaire de libération de la parole, à laquelle le cinéaste ne donne surtout pas la tournure indécente d’une résolution.

Les Chatouilles d’Andréa Bescond (2018)
Monologue enragé, pensé et joué pour la scène, Les Chatouilles est ensuite devenu un film. La comédienne et danseuse Andréa Bescond y adapte à l’écran, à l’aide d’Eric Métayer, le drame de son enfance : celui de son viol par un homme considéré comme un ami de la famille. La grande force de ce récit est sa trajectoire lumineuse, de la colère à la résilience. Pour autant, il n’évince jamais la double peine des victimes de violences sexuelles (les questions culpabilisantes, le déni des proches).
Une famille de Christine Angot (2024)
Pour son premier passage derrière la caméra, la romancière Christine Angot va loin, creuse les non-dits et met en mots et en images des silences destructeurs. Une famille examine comment sa propre famille est à la fois fracturée et maintenue par la violence de l’inceste qu’elle a subi dans sa jeunesse. Un film très fort, qui trouve une justesse rare dans sa façon de dire l’indicible.
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Dalva d’Emmanuelle Nicot (2023)
À la noirceur de son sujet (une jeune fille de 12 ans s’habille et se comporte comme une femme adulte, parce que son père, qui abuse d’elle, le lui a demandé), ce premier long métrage oppose la possibilité d’une reconstruction. Filmé à hauteur d’enfant – la toute jeune et prometteuse Zelda Samson -, Dalva préfère la résilience et la découverte de l’amitié à la tourmente. L’horreur de l’inceste y est pourtant regardé frontalement, sans voyeurisme ni complaisance.

La Mauvaise éducation de Pedro Almodóvar (2004)
Dans les années 1980, à Madrid, Ignacio et Enrique se retrouvent. Dans leur enfance, pendant la période de l’absolutisme franquiste, ils ont subi des abus de la part d’un prêtre pédocriminel. En suivant des victimes sur près de trois décennies, le cinéaste espagnol parle de l’ampleur et de la sinuosité des traumas, et livre un de ses films les plus intimes, secs et douloureux.

Sleepers de Barry Levinson (1996)
Quatre amis placés en maison de redressement se vengent des violences, viols, humiliations, qu’ils ont subies alors qu’ils sont devenus adultes. Entre chronique historique, rape and revenge et film de procès, ce film avec Dustin Hoffman, Robert de Niro ou Kevin Bacon adressait dès 1996 la question des violences faites aux enfants dans un film grand public.

La Nuit du chasseur de Charles Laughton (1956)
Impossible d’oublier les phalanges tatouées « Love » et « Hate » du démon en soutane incarné par Robert Mitchum. Unique film de Charles Laughton, hanté par la Grande Dépression et l’esthétique Southern Gothic, ce conte noir devenu culte suit deux enfants orphelins traqués par un faux prédicateur meurtrier. À la fois cauchemar expressionniste et fable sur l’enfance menacée, le film fait de la survie de ses jeunes héros un acte de résistance face à la violence des adultes.

Ceci est mon corps de Jérôme-Clément Wilz (2025)
Ce film récent est l’un des plus forts et marquants pour éclairer la culture du vi0l dans laquelle on baigne encore aujourd’hui. On suit l’auteur prendre la caméra comme un moyen de réappropriation alors qu’il porte plainte contre un ancien prêtre qui l’a abusé de ses 10 à 14 ans. Ce sont tous les traumatismes subis, mais aussi tout le poids et le retard des institutions (religieuse, familiale, judiciaire) concernant la protection de l’enfance qu’ausculte ce documentaire inoubliable.

My Little Princess d’Eva Ionesco (2011)
Dans ce film autobiographique, la réalisatrice et écrivaine détaille les abus commis par sa mère, la photographe Irina Ionesco (ici jouée par Isabelle Huppert) qui la fit poser enfant dans des positions inappropriées au nom de l’art. La cinéaste fait un portrait précis et sidérant de cette époque où le concept de la « libération sexuelle » a été instrumentalisé par certains artistes et écrivains à des fins dévastatrices.
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Ma vie de courgette de Claude Barras (2016)
Sur un fil délicat, ce film poétique (dont le scénario est signé Céline Sciamma) suit Courgette, jeune orphelin aux cheveux bleus et aux yeux immenses, placé en foyer et confronté à un quotidien souvent rude. Réalisé en stop-motion, ce geste artisanal donne au récit une matière presque palpable. Entre douceur ronde des visages et dureté du vécu, le film refuse le pathos sans jamais atténuer la violence. Et aborde en filigrane une réflexion essentielle : comment redéfinir la famille aujourd’hui ?

Grâce à Dieu de François Ozon (2019)
Ce film dépeint la quête de justice d’hommes victimes dans leur enfance d’un prêtre pédocriminel. Offrant à cette histoire vraie un puissant souffle cinématographique et politique, le réalisateur s’était retrouvé au cœur de l’actualité sociétale et judiciaire – le procès du Cardinal Barbarin pour non dénonciation des actes de l’abbé Preynat a eu lieu peu après la sortie du film. Il avait été condamné à six mois de prison avec sursis à l’issue du procès, en 2019. « Il a régné pendant trop longtemps un silence assourdissant autour de ces questions » nous confiait le réalisateur pour la sortie du film.
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Cassandre d’Hélène Merlin (2024)
Premier long métrage sensible et autobiographique d’Hélène Merlin, Cassandre suit l’été d’une adolescente de 15 ans victime d’inceste de la part de son frère. Tout en passant au crible les violences intrafamiliales et l’hypocrisie de la société bourgeoise, la cinéaste offre aussi à son héroïne une échappée possible, à travers l’amitié et la passion du cheval dans un centre équestre.

On vous croit de Arnaud Dufeys et Charlotte Devillers (2025)
Huis clos intense, filmé en temps réel, On vous croit met en scène avec une précision clinique l’audition d’Alice, mère de deux enfants dont la garde est remise en cause, face à un père que ceux-ci accusent d’inceste. Immersif et implacable, ce premier film du duo de réalisateur·ices belges lève le voile sur les zones grises de la justice familiale.

Polisse de Maïwenn (2011)
Avec une précision quasi documentaire (la réalisatrice crédite au générique du documentaire Brigade des mineurs, l’Amour en souffrances de Rémi Lainé, qui a lui-même inspiré un épisode de Strip-tease), Polisse plonge dans le quotidien des policiers de la Brigade de protection des mineurs (Karin Viard, Marina Foïs, Joeystarr, Nicolas Duvauchelle, Karole Rocher et Emmanuelle Bercot) confrontés à des affaires d’inceste, de pédocriminalité, de maltraitance, de fugues ou de mariages forcés.

M de Yolande Zauberman (2018)
Avec ce documentaire stupéfiant, la trop rare cinéaste française Yolande Zauberman lève le voile sur le tabou de la pédocriminalité dans la communauté juive ultraorthodoxe et signe une œuvre puissante, presque cauchemardesque. Elle suit Menahem, filmé seul la nuit sur une plage, chantant comme pour survivre face à des souvenirs qui l’assaillent. Ancien enfant à la voix d’or, il revient à Bnei Brak et part sur les traces de ses bourreaux. Le film devient une odyssée nocturne où d’autres victimes se joignent à la voix fragile mais tenace de Menahem.