
Quand on a appris que Steven Spielberg revenait avec Disclosure Day au cinéma de science-fiction impliquant des extraterrestres (thème que le réalisateur n’avait plus abordé depuis La Guerre des Mondes en 2005), l’idée d’un film offrant une sorte de best-of des meilleures séquences de Rencontres du troisième type (1977), E.T. (1982) et La Guerre des Mondes a émergé. Le célèbre cinéaste de 79 ans, qui a livré dans son précédent film The Fabelmans (sorti en 2023) un bilan autobiographique de sa carrière, allait-il réussir à se réinventer avec un film d’aliens, genrequi a contribué à sa légende ? Contre toute attente, la réponse est un grand oui.
D’entrée de jeu, Disclosure Day frappe par sa manière ancrée dans le réel d’épouser le thriller de conspiration, genre qui fleurissait dans les années 1970 mais que Spielberg n’a jamais abordé aussi frontalement. En montrant dès la première séquence l’arrestation d’un lanceur d’alerte (Josh O’Connor) ayant en sa possession des informations secrètes, le film (écrit par David Koepp d’après une idée de Spielberg) résonne fortement avec l’époque actuelle, celle des réseaux sociaux et de l’information virale.
Spielberg, qui a multiplié dans sa carrière les films historiques (La Couleur pourpre, La Liste de Schindler, Munich) ou les récits à l’imaginaire fantastique et surnaturel (Always, Hook, Ready Player One) se frotte donc ici à un réalisme contemporain. L’idée du film lui est venue suite à la lecture en 2017 d’un article du New York Times, titréGlowing Auras and « Black Money » : The Pentagon’s Mysterious U.F.O. Program, qui affirmaitque le Département de la Défense des États-Unis finance un programme secret destiné à réunir les données relatives aux observations d’ovnis par l’armée. En traitant ce sujet à travers un thriller d’investigation, le cinéaste ne se situe donc plus dans de la pure science-fiction mais s’ancre à une actualité récente.
Là où E.T. décrivait par exemple la rencontre avec un extraterrestre de manière intimiste à travers un jeune héros dont l’aventure restait cachée aux yeux du monde, Disclosure Day se demande s’il est utile pour l’Humanité de rendre publique l’existence d’extraterrestres. Non pas pour alerter du danger ou de l’agressivité de ces aliens, comme dans La Guerre des Mondes, mais bien pour faire accéder les êtres humains à une découverte apte à transformer durablement leur perception de l’existence – leurs relations sociales, leurs choix existentiels, leurs émotions ou leurs conceptions de la religion. C’est une vraie nouveauté dans la filmographie de Spielberg.

Le personnage joué par Josh O’Connor, qui détient des informations à même de bouleverser l’humanité et hésite à les révéler, peut ainsi être vu comme un alter ego de Spielberg, qui contrairement à ses précédents films d’aliens se retient ici longtemps de montrer les extraterrestres aux spectateurs, comme pour nous inviter à réaliser l’ampleur de la responsabilité humaine face à un savoir révolutionnaire. Conscient de son pouvoir intact de conteur à l’ère des divisions politiques, des fake news, de la défiance envers le journalisme ou de l’omniprésence de l’I.A., le cinéaste donne ainsi à son blockbuster une dimension méditative et une profondeur rares. Cela s’incarne notamment dans le personnage de Margaret Fairchild (Emily Blunt), présentatrice météo d’une chaîne locale (comme le personnage joué par Bill Murray dans Un jour sans fin), quiobserve tout au long du récit les changements psychologiques et émotionnels qui s’opèrent en elle à mesure de la découverte de phénomènes extraordinaires.

« Presque 50 ans après Rencontres du troisième type, je me dis : ne serait-ce pas formidable de savoir que tout ça est déjà vrai ? », a déclaré Steven Spielberg lors de la promotion de Disclosure Day. Le réalisateur de Jurassic Park réussit brillamment à illustrer, à l’intérieur d’un grand spectacle fait d’action et de courses-poursuites, les dangers d’une intelligence artificielle utilisée à des fins cyniques, la nécessité d’appliquer dans la vie privée et publique une communication transparente, la difficulté à garder une conscience éthique dans un environnement économique qui met sous pression… Et au cœur de ce film d’extraterrestres aux échos délicatement contemporains, l’empathie émotionnelle, la préciosité de l’enfance, l’éveil spirituel et l’attachement à l’intérêt général demeurent pour Steven Spielberg des miracles qui ne sont jamais tenus pour acquis et qui sont ici célébrés et réactualisés de manière flamboyante.
Disclosure Day de Steven Spielberg, Universal Pictures (2 h 25), en salle le 10 juin 2026.