Pascal Molina, mécanicien-déco dans « La Bataille de Gaulle » :  « Le défi était intimidant. »

Pascal Molina a travaillé pendant vingt ans dans un studio spécialisé dans les effets spéciaux de maquillage. Il s’y est occupé de la mécanisation et des animatroniques. Devenu une référence incontournable en la matière, il a diversifié son activité depuis quelques années, en particulier avec La Bataille de Gaulle. L’âge de fer, premier volet d’un ambitieux biopic sur Charles de Gaulle réalisé par Antonin Baudry.


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La Bataille de Gaulle. L’âge de fer

Comment avez-vous débuté dans le métier ?

J’ai grandi auprès de mes parents enseignants, dans un quartier populaire du Burundi. Là-bas, tous les gamins construisent leurs jouets, et j’ai suivi leur exemple : quand ma famille m’offrait des jouets manufacturés, je les démontais pour faire mes propres objets mécaniques. Plus grand, j’ai commencé à toucher à l’électronique et à fabriquer des petits robots. Mes parents m’ont ensuite envoyé à l’école de design Penninghen, à Paris. Là, un professeur m’a poussé à me recentrer sur mes robots. Sous son impulsion, j’ai été invité, au culot, à participer à l’émission Nulle part ailleurs de Canal+, avec un guignol mécanique construit en deux semaines. Le lendemain, j’ai eu une quantité folle d’appels de réalisateurs ! Et c’est ainsi que j’ai débuté, très jeune, avec La Cité des enfants perdus de Jean-Pierre Jeunet et Marc Caro. Après la sortie du film, j’ai monté un atelier avec mes compères Denis Gastou et Jean-Christophe Spadaccini.

Mais votre travail sur La Bataille de Gaulle. L’âge de fer est très éloigné de vos travaux précédents.

Je suis un voyageur. C’est ce qui m’a conduit à travailler sur Quelques jours en avril de Raoul Peck, qui m’a permis de rencontrer le chef-décorateur Benoît Barouh. C’est lui qui m’a proposé de travailler sur ce biopic. Le défi était intimidant : je devais partir seul au Maroc pour lui livrer en deux mois la colonne Leclerc ! Finalement, nous avons sorti vingt-cinq véhicules.

Comment avez-vous procédé ?

Heureusement, j’ai vécu deux ans au Maroc, et j’y ai beaucoup tourné. Toute l’équipe a été recrutée sur place. J’ai réuni d’anciens collaborateurs et leur ai demandé de faire courir le bruit dans tout le pays que nous cherchions des véhicules qui avaient entre 50 et 80 ans d’âge. Comme j’avais un petit budget, je proposais un deal aux propriétaires de certains de ces véhicules : en échange du prêt de leur engin pendant trois mois, nous allions le rénover et leur rendre avec des pneus neufs et un nouveau moteur. J’ai également demandé à l’équipe de recruter les meilleurs garagistes de quartier. Ces quinze mécanos sont des génies ! Ils ont regorgé de trouvailles pour faire avancer ces véhicules qui étaient de vrais dinosaures. Par exemple, ils ont déniché un spray antimoustiques qui permettait de relancer les moteurs !

La Bataille de Gaulle. J’écris ton nom d’Antonin Baudry, Pathé (2 h 40), sortie le 3 juillet

Fiche métier

Le mécanicien-déco crée toutes sortes d’objets mécaniques : des faux tigres de Deux Frères de Jean-Jacques Annaud aux robots de BigBug de Jean-Pierre Jeunet,dans le cas de Pascal Molina. Pour La Bataille de Gaulle. L’âge de fer, il a dirigé une équipe, rattachée au département décoration, chargée de fabriquer, quasiment ex nihilo, des véhicules militaires de la Seconde Guerre mondiale