Marjane Satrapi (1969-2026) : « Deux figures synthétisaient pour ma mère ce que je devais devenir plus tard : d’un côté Simone de Beauvoir et de l’autre Marie Curie. » 

Au fil des années, la passionnante artiste et cinéaste franco-iranienne nous a accordé plusieurs entretiens à l’occasion de la sortie de ses films. De Persépolis à Radioactive en passant par The Voices, retour sur quelques-unes de ses réflexions les plus marquantes.


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Persepolis (2007)

L’autrice, dessinatrice et réalisatrice franco-iranienne Marjane Satrapi est décédée à l’âge de 56 ans, a annoncé son entourage ce jeudi 4 juin à l’AFP. Connue dans le monde entier grâce à sa bande dessinée autobiographique Persepolis, publiée par L’Association, elle avait marqué le paysage culturel par son œuvre retraçant son enfance en Iran et son parcours d’exil.

Dans un communiqué, ses proches expliquent qu’elle est morte « un peu plus d’un an après le décès de Mattias Ripa, son mari et l’amour de sa vie ». Producteur, acteur et scénariste, Mattias Ripa s’était éteint le 8 avril 2025.

Toujours en 2025, elle avait refusé la Légion d’honneur, en adressant une lettre dans laquelle elle écrivait notamment : « Je serai honorée lorsque tous les défenseurs de la liberté le seront à mes côtés. »

Figure majeure de la bande dessinée contemporaine et du dialogue entre les cultures, Marjane Satrapi laisse derrière elle une œuvre saluée à l’international, dont Persepolis demeure le symbole le plus emblématique. En hommage, retour sur des entretiens que l’artiste, toujours très sincère, nous avait généreusement accordés.

« Par le biais des médias, certaines populations sont transformées en notions abstraites, désincarnées. »

Marjane Satrapi, entretien pour TROISCOULEURS à propos de Persepolis, 2007

« Le journal télévisé annonce 150 ou 200 morts dans tel attentat. Notre rôle, en tant qu’artistes, c’est de susciter de l’empathie chez le spectateur, qu’il puisse se dire : « ça aurait pu être moi ». Je voulais montrer la vie quotidienne d’une famille en Iran pour incarner tous ces gens dont parlent les médias. »

Marjane Satrapi, entretien pour TROISCOULEURS à propos de Persepolis, 2007

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Radioactive de Marjane Satrapi (2020)

« Ma mère voulait absolument que je devienne une femme indépendante – elle n’avait pas comme plan d’avenir que je sois jolie, que je me marie et que je fasse des gosses… Deux figures synthétisaient pour elle ce que je devais devenir plus tard : d’un côté Simone de Beauvoir et de l’autre Marie Curie. »

Marjane Satrapi, entretien pour TROISCOULEURS à propos de Radioactive, 2020

« J’ai lu le journal intime de Marie Curie, et ce qu’elle écrit après la mort de Pierre Curie est déchirant. Ce n’est pas onirique, ce n’est pas poétique, c’est factuel. Mais c’est la lettre d’amour la plus incroyable que j’aie lue.  J’avais les larmes aux yeux, et pourtant, je ne pleure moi-même pas facilement… »

Marjane Satrapi, entretien pour TROISCOULEURS à propos de Radioactive, 2020

« J’ai des sortes de TOCS, je suis obsédée par l’idée de composer des plans comme des tableaux symétriques, de positionner les objets parallèlement les uns aux autres, de rendre l’image moins lisse avec les flous… »

Marjane Satrapi, entretien pour TROISCOULEURS à propos de Radioactive, 2020

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The Voices de Marjane Satrapi (2015)

« Je m’ennuie très vite. Et je suis obsédée par le temps qui passe. Je sais qu’il me reste trente ans environ pour faire des films. Avant de mourir, je veux essayer le maximum de choses pour ne pas avoir de regrets. »

Marjane Satrapi, entretien pour TROISCOULEURS à propos de The Voices, 2015

« Certains artistes font exactement le contraire : ils ont un truc, et ils creusent, pour trouver un diamant extraordinaire. Ils se perfectionnent dans un domaine unique. J’en suis incapable. »

Marjane Satrapi, entretien pour TROISCOULEURS à propos de The Voices, 2015

« Mon moteur, c’est la peur. Ce moment où je me dis : « Merde ! Mais comment je vais faire ça ? » Il faut alors trouver des solutions. C’est la partie du boulot qui me plait le plus, parce qu’alors j’apprends de nouvelles choses.

Marjane Satrapi, entretien pour TROISCOULEURS à propos de The Voices, 2015

« Peu importe le sujet – ça peut être en regardant un documentaire animalier sur les suricates –, si j’ai appris quelque chose, je suis contente de ma journée. Ce n’est donc pas pour surprendre les gens que je change toujours de domaine, c’est d’abord pour moi-même. »

Marjane Satrapi, entretien pour TROISCOULEURS à propos de The Voices, 2015

« Si c’était juste pour faire du fric ou pour être tranquille, je ne ferais que des peintures – j’en fais un peu et je les vends très cher. Mais j’adore le cinéma, c’est une passion. Il me faudrait trois ou quatre vies pour faire tout ce que je veux. Me lancer dans la musique pop, par exemple, mais là il faut avoir plus de 70 ans. »

Marjane Satrapi, entretien pour TROISCOULEURS à propos de The Voices, 2015