« Bouchra » d’Orian Barki et de Meriem Bennani : une bouleversante quête identitaire animée

D’une mélancolie sourde et traversée d’humour, ce film d’animation a reçu une flopée de récompenses. Dans une forme hybride et avec un flow unique, il raconte une bouleversante quête identitaire.


bouchra
Copyright 2 Lizards Production

Installée à New York, Bouchra travaille sur le story-board d’un film qui explore le lien tendre mais tortueux qu’elle entretient avec sa mère. Celle-ci est demeurée silencieuse sur la vie intime de sa fille, après son coming out lesbien, neuf ans plus tôt. Dans un moment d’ébullition créative, la jeune réalisatrice retourne à Casablanca pour étayer son enquête et nourrir son projet artistique. Sur place, Bouchra retrouve des amis, des membres de sa famille et fait une rencontre qui dévie sa trajectoire…

Après avoir collaboré sur la minisérie 2 Lizards, qui racontait des histoires d’animaux anthropomorphisés durant le confinement, la réalisatrice Orian Barki et la plasticienne et vidéaste Meriem Bennani s’affranchissent à nouveau d’une imagerie traditionnelle pour raconter les multiples transports et trajets (spatial, émotionnel, temporel, corporel…) d’un être complexe, pétri de désirs et échappant à bon nombre d’assignations. Une proposition visuelle qui sied intelligemment à ce que l’héroïne traverse ; elle fait exister un monde, une identité et tout un univers émotionnel inaccessibles en prise de vues réelle.

L’animation 3D donne pleinement corps au coming in de Bouchra, grâce à ce qui s’invente avec tant de cœur et de sensibilité à l’image (avec un look rétrofuturiste ahurissant), dans la voix des personnages et dans le spleen qui se dégage de la bande originale signée Flavien Berger. Le récit s’accompagne d’une réjouissante construction hybride où se mêlent autofiction et enregistrements de proches de Meriem Bennani, dans une sorte de mise en abyme du processus créatif. À bien des niveaux, le film fait l’effet d’un émouvant collage réalisé sur un temps suffisamment long pour éprouver le cheminement introspectif et rétrospectif de l’héroïne, et guetter ainsi l’érosion du silence qui s’est dressé entre sa mère et elle. Queer, libre, mélancolique et très souvent drôle, Bouchra fait exister très fort un monde qui en ouvre tant d’autres.

Bouchra d’Orian Barki et de Meriem Bennani, Norte (1 h 23), sortie le 3 juin