« Holy Destructors » d’Aistē Žegulytē, un documentaire en perpétuelle recomposition

Dans son saisissant documentaire, la cinéaste lituanienne Aistē Žegulytē confronte et transforme notre rapport au passage du temps en s’intéressant au phénomène de pourriture.


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On suit une dépouille sacrée sortie de son tombeau et préparée, mise en beauté, pour une procession religieuse en Lituanie. A priori, rien de très exaltant à cette idée. Et pourtant, Aistē Žegulytē arrive à nous captiver avec cette vieille momie soudain redevenue très en forme voire super glamour. Un cadavre qui est soudain ressorti pour fédérer des fidèles : il y a quelque chose d’absolument vitaliste dans cette idée que la cinéaste va célébrer à travers son film. Dans le laboratoire dans lequel le corps est préparé précautionneusement pour qu’il ne tombe pas en poussière, tous les biologistes regardent la matière se transformer.

À travers la lunette des microscopes, Aistē Žegulytē nous donne accès à l’infiniment petit, prêtant attention aux champignons qui continuent à se répandre, à évoluer alors même qu’ils appartiennent à un corps mort. Alors que ses images fascinantes semblent tirer vers l’abstraction, que le travail distordu du son rend celles-ci presque extraterrestres, ces vues microscopiques reflètent pourtant tout ce qu’il y a de plus organique, cyclique. La cinéaste nous parle aussi de l’importance du cinéma à travers ce passage du temps qu’elle capte comme personne auparavant, insistant sur la matière filmique elle-même, sa décomposition, sa recomposition, ses morts relatives et son perpétuel renouveau.

Leopard Films , en salles