
À la lisière du parc de Chitwan, dans le sud du Népal, Pirati est une Kinnar, soit une membre de la communauté traditionnelle des personnes du troisième sexe. À la tête d’un clan matriarcal, elle veille sur ses filles adoptives dans un équilibre fragile, partagé entre travaux agricoles, rituels et gardes nocturnes pour repousser les éléphants sauvages. Mais ce calme précaire vole en éclats quand l’une de ses protégées disparaît. Face à l’hostilité grandissante des villageois, le vernis de la tolérance craque : le premier long-métrage d’Abinash Bikram Shah bascule alors dans un thriller sous haute tension, érigeant Pirati en cheffe de guerre prête à tout pour obtenir justice. Le film tisse un parallèle saisissant entre la communauté trans des Kinnars et les éléphants du pays.
À l’instar de ces animaux, vénérés à travers Ganesh mais traqués pour leurs ravages, ces femmes subissent un cruel paradoxe : leurs bénédictions sont recherchées, mais leur existence reste marginalisée. Loin du simple drame social, cette œuvre impressionne par sa forme, splendide. Sa photographie crépusculaire, tout en pastels bleutés d’une beauté renversante, captive. À l’instar de Joyland ou du Mystérieux regard du flamant rose, autres éclats récents d’Un Certain Regard, le film vibre d’un même élan queer et politique, offrant des images aussi neuves que bouleversantes. En levant le voile sur la précarité qui frappe ces minorités de genre, Les éléphants dans la brume refuse d’esquiver son sujet brûlant. Mais au lieu de capituler face à la fatalité du drame, Abinash Bikram Shah choisit l’insoumission et orchestre un final mémorable, un sursaut de dignité d’une puissance inouïe.

Les éléphants dans la brume d’Abinash Bikram Shah, Les Valseurs Distribution (1 h 43), en salle le 23 septembre 2026.
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