CANNES 2026 · « Adieu monde cruel » de Félix de Givry : l’amour en fuite

Centré sur un adolescent qui se cache après une tentative de suicide ratée, le premier long métrage de Félix de Givry éblouit par sa peinture douce et gracieuse d’un désespoir aux résonances universelles.


d99e678492b6f9824548bf2b16ecc8cc

Promenant discrètement sa silhouette dans le cinéma français depuis près de quinze ans (il jouait le héros d’Eden de Mia Hansen-Løve et a coécrit et produit Arco d’Ugo Bienvenu), Félix de Givry consacre son premier long métrage comme réalisateur à un personnage qui souhaite disparaître du monde. Soit Otto (Milo Machado-Graner, révélé par Anatomie d’une chute), un collégien de 14 ans qui envoie à tout son entourage une lettre d’adieu annonçant son suicide. Mais l’adolescent, victime de harcèlement scolaire, va rater sa tentative de suicide et partir se cacher dans les environs de sa ville sans avertir personne qu’il vit encore.

Reconnu par une autre adolescente, Léna (Jane Beever), qui l’abrite en secret, Otto découvre à la télévision qu’il est regretté par une foule nombreuse mais décide de rester invisible. À partir de cette toile de fond tragique, le cinéaste confectionne une atmosphère étonnamment douce et atemporelle (on pense entre autres au cinéma de Robert Bresson, dont Quatre Nuits d’un rêveur est ici une inspiration) qui mêle mélodrame provincial, conte à la lisière du film de fantômes et histoire d’amour initiatique. S’appuyant sur le souvenir de ses douloureuses années de collège, de Givry parvient à faire ressentir l’amplitude d’un sentiment de désespoir universel qu’il parvient pourtant à apaiser, autant par la voix off de Françoise Lebrun qui commente tendrement les malheurs d’Otto, que par l’interprétation des deux jeunes comédiens principaux qui incarnent merveilleusement ce duo d’âmes solitaires se créant une bulle intime hors du rythme du monde. Tourné en pellicule, le film donne parfois la sensation que ces deux protagonistes flottent au-dessus de la Terre – on ne s’étonnera pas que le réalisateur ait travaillé au même moment sur Arco, autre fable céleste.

c012ea549f8fe6a2aac05d41d5159ce7
CANNES 2026 · « Adieu monde cruel » de Félix de Givry : l'amour en fuite 3

Coécrit avec Marie-Stéphane Imbert, Adieu monde cruel prolonge un passionnant univers créatif où les rôles semblent mouvants (ici chef opérateur, Tara-Jay Bangalter avait joué dans le court Journée blanche de Félix de Givry et se trouve être le fils d’un Daft Punk, groupe qui constituait le coeur narratif d’Eden) et choisit l’optimisme dans une magnifique conclusion qui confirme que les ébullitions fragiles de l’adolescence ont rarement été observées avec une telle grâce.

Adieu monde cruel de Félix de Givry, Diaphana Distribution (1 h 33).

Retrouvez tous nos articles sur la 79ème édition du Festival de Cannes ici