
Après avoir sublimé le film de tueur en série avec son premier long métrage The Chaser puis confirmé son talent avec The Murderer et The Strangers, Na Hong-jin passe à l’échelle supérieure avec Hope, superproduction sud-coréenne au budget pharaonique qui croise cinéma catastrophe, horreur, action et science-fiction en convoquant le film de monstres.
Située à Hope, un village portuaire fictif proche de la zone démilitarisée entre les deux Corées, l’intrigue nous présente d’emblée le lieutenant de police local, Seok (Hwang Jung-min), qui découvre avec une bande de pêcheurs le cadavre d’une vache sur la route. Si ce policier en mal d’autorité croit d’abord voir là les actes d’un ours ou d’un tigre, il va vite déchanter en constatant qu’une créature beaucoup plus dangereuse est en train de ravager les ruelles de ce village tranquille à la population vieillissante.
C’est alors que démarre une séquence d’action proprement prodigieuse sous la forme d’une course poursuite de 45 minutes entre la créature (qui reste longtemps invisible) et le policier, où le sens du mouvement, les plans larges, le sentiment de dévastation apocalyptique et les de cache-cache dignes du cinéma burlesque offrent un spectacle qui s’inscrit dans l’histoire des plus grandes réussites du genre.
Une fois cet orage initial passé grâce à l’intervention héroïque d’une jeune policière (jouée par Jung Ho-yeon), Hope fait mine de se tranquilliser pour recoller les morceaux de l’intrigue, déployer un humour grinçant dans son portrait des villageois et laisser les personnages reprendre leurs esprits. Mais c’est sans compter sur le retour de la menace, qui se met à proliférer de plus belle, et oriente le récit dans la foisonnante forêt pour une dernière ligne droite aux airs de blockbuster ouvertement fantastique qui va jusqu’à accueillir en son sein des prestations d’un casting hollywoodien (Michael Fassbender et Alicia Vikander). La fin de cette œuvre inclassable ouvre ainsi une infinité d’interprétations politiques et philosophiques et semble déjà dessiner les jalons d’une suite (on parle d’une possible trilogie) et d’un élargissement de l’univers narratif. Preuve que le jubilatoire cinéma de Na Hong-jin est décidément entré dans une autre dimension.

Hope de Na Hong-jin, Lotte Entertainment (2 h 40).
Retrouvez tous nos articles sur la 79ème édition du Festival de Cannes ici.
