CANNES 2026 · « Paper Tiger » : le retour en grâce obscure de James Gray

Avec son neuvième film, présenté en Compétition, James Gray revient brillamment à la substantifique moelle de son cinéma : le Queens et Brighton Beach, décors inquiétants d’un drame familial mâtiné de polar, dans lequel les fratries sont destinées à la tragédie.


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De New-York et ses abords, James Gray ne s’est jamais lassé. C’est là qu’il a planté sa caméra pour la première fois avec Little Odessa en 1994. Là aussi qu’il est revenu après des pas de côté en Amazonie (The Lost City of Z) et dans l’espace (Ad Astra). Paper Tiger ravive sa terre d’origine, le Queens des années 1980, qui abrite cette fois la famille Pearl.

Le père Irwin, ingénieur naïf un peu effacé (Miles Teller, un peu effacé en grand naïf), tente de maintenir tout le monde à flot quand sa femme, Hester (Scarlett Johansson, toute d’abnégation), est la véritable gestionnaire. Leurs deux fils n’ont d’yeux que pour le frère d’Irwin, Gary (Adam Driver, excellent), policier toujours prompt à rouler des mécaniques. Ce dernier trempouille par ailleurs dans des affaires louches, qui finissent par rattraper tout le monde.

Le cinéaste n’a rien perdu de sa maîtrise du polar, qu’il sublime au gré de scènes virtuoses, comme celle où deux hommes de main transformés en ombres investissent la voiture d’Irwin, ou un affrontement sous haute tension dans les hautes herbes. Mais les éclats de mise en scène sont aussi dans les recoins plus intimes de Paper Tiger : des effets de miroir fragmentent et augmentent à la fois les personnages, la texture unique de l’image naît autant de la lumière que des cadrages au cordeau, et James Gray figure littéralement la disparition de ces femmes fortes délaissées, comme dans tant d’autres de ses œuvres, par des hommes faibles.

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Paper Tiger de James Gray

C’est habile, brillant, mais cela pourrait laisser de marbre. Jusqu’à ce que le cœur vibrant du film, des liens fraternels explorés moins sous l’angle de l’affrontement que celui du sacrifice, apparaisse dans un monologue magnifique, doublé de ce que le cinéaste sait peut-être faire de mieux : un plan final inoubliable.

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