
Sa vie, Etienne la passe dans son camion. Ce quotidien monotone à avaler du bitume n’est pas pour lui déplaire. Il trompe le manque de contact humain sur les aires d’autoroute, lors de cruisings nocturnes en lisière de forêt.
Pierre Le Gall dépeint avec une précision quasi-documentaire les détails de ce monde méconnu : les clefs du camion qu’on dépose au gérant de la station-service pour accéder aux douches, les astuces échangées entre collègues pour optimiser le temps de travail, scruté à la seconde par le chronotachygraphe.
Plus impressionnant que jamais dans sa capacité à incarner un mélange de douceur bienveillante et de rudesse farouche, Alexis Manenti insuffle à Etienne une chaleur froide, dans laquelle vient se blottir un autre esseulé de la route. Contrairement au chauffeur français, Bartosz (joué par Julian Świeżewski) n’a pas vraiment choisi cette vie solitaire. Il doit parcourir l’Europe à une cadence infernale pour gagner une misère.
Après avoir échangé leurs fluides, adossés à un arbre, et échappé de justesse à une descente de police qui voit cet “exhibitionnisme” d’un mauvais œil, les deux hommes prolongent leurs caresses dans l’espace exigu de la cabine d’un camion. Cette scène torride, filmée à l’état brut, ancre ce début d’idylle dans la réalité peu glamour de cette vie à l’étroit, où les milliers de kilomètres parcourus dans des sens contraires rendent impossible toute vie commune.
Pierre Le Gall élargit par petites touches le cadre de son film, en distillant un humour qui déconstruit le mythe du routier balourd et mascu. Avec ce premier long métrage, le cinéaste s’inscrit d’emblée comme un poids lourd du cinéma français, qu’on suivra volontiers sur d’autres routes.
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