
La grâce, c’est donc d’abord celle d’un cinéaste qui fait l’effort du réel, quitte à désacraliser un peu ses ambitions cinégéniques. On pourrait parler d’humanisme, notion qui serait tarte à la crème si tout le film ne reposait pas sur un concept appelé « Humanitude », qui consiste en premier lieu à (re)prendre le temps du soin. À regarder chaque être humain droit dans les yeux, droit au cœur.
Il y a urgence, Hamaguchi le sait. Plus encore, il le dit avec une frontalité inédite. Une frontalité absolue, claire, limpide, jusqu’à filmer un schéma où corroborent capitalisme et crise mondiale – on ne ferait pas mieux. Aucun désespoir pour autant : la lumière est inhérente au geste du cinéaste, à son regard. Hamaguchi ne se contente pas de suggérer un programme de soin, il l’applique en premier lieu à son film.
C’est dire que Soudain est tout simplement l’histoire d’une rencontre humaine et de ses potentialités cosmiques, en l’occurrence entre Marie-Lou et Mari (Tao Okamoto), une metteuse en scène atteinte d’un cancer. Une rencontre vécue dans le temps et dans la chair, partagée à un extraordinaire degré d’intimité. Un cadeau qui se suffit à lui-même et qui suppose précisément de rompre avec un certain capitalisme narratif. Hamaguchi va encore bien au-delà, dans une forme de cinéma résolument low tech, radicalement régénératrice. La grâce, on vous disait.
Soudain de Ryūsuke Hamaguchi, Diaphana (3 h 15), sortie le 12 août