CANNES 2026 · « Gabin » de Maxence Voiseux : l’odyssée rurale d’un jeune héros sur dix ans

Trésor de la Quinzaine des cinéastes, le premier long métrage documentaire de Maxence Voiseux investit dix ans de la vie du jeune Gabin, fils d’un boucher et d’une éleveuse, au moment charnière où se dessinent des rêves d’avenir, libérés de l’ombre familiale.


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Lorsque le film débute, Gabin a 8 ans et vit dans l’Artois, entouré de Dominique, son père boucher, et de Patricia, sa mère éleveuse. Se jouent déjà pour ce jeune garçon curieux et attachant des questions d’orientation professionnelle, et la pression de relations intimes empesées. Si le documentaire donne à voir Gabin sur une période de dix ans, Maxence Voiseux avait en fait commencé à le suivre pour Les Héritiers (2015), moyen métrage qui s’intéressait à Dominique et à ses frères. Un film qui faisait lui-même suite à Des hommes et des bêtes (2014), le court de fin d’études de cet ancien de la Fémis où l’on suivait… le grand-père de Gabin.

Traversé par la question centrale de l’héritage, ce premier long prend racine dans les travaux précédents du jeune cinéaste, avec un sens organique et génial de la constellation. Génial car déconstruit, dans sa capacité à regarder ce qui se transmet de l’émotion et du soin entre les personnages, plutôt qu’à creuser la trame éculée de la transmission d’un patrimoine foncier ou d’un savoir-faire employé à générer du capital.

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CANNES 2026 · « Gabin » de Maxence Voiseux : l'odyssée rurale d'un jeune héros sur dix ans 3

 Gabin l’annonce au début du film : il aimerait « faire un métier avec des animaux vivants ». Et tout dans ce documentaire d’une tendresse infinie fait le choix du vivant, de ce qui se meut constamment, vif et changeant, entre les membres de la famille Jourdel. Maxence Voiseux regarde Gabin habiter un monde d’attentes, de rudesse et d’espoirs, au sein d’une constellation où existent pleinement son père et sa mère dans ce qui les anime de plus intime. Sans jamais réduire les personnages à ce qui les empêche, le film ne leur vole rien. Tout s’y offre consenti, conscient de ce que la caméra peut produire comme mouvements réels et durables pour les personnes filmées. Un regard éthique qui repose sur un montage d’une justesse folle. Chaque scène est dans un tel dialogue avec les émotions qu’éclot la sensation bouleversante d’avoir écouté battre le cœur de Gabin, très fort, très grand, sur dix ans.

Gabin de Maxence Voiseux, Arizona Distribution (1 h 45), en salle le 18 novembre.

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