
« This is the new West, old man! », lâche la dresseuse de chevaux Tabatha Zimiga (qui joue son propre rôle à l’écran) au commerçant fortuné qui a des vues sur son ranch, alors qu’elle lui montre les talents de sa fille Porshia, une artiste de rodéo lancée au galop dans les plaines, entre deux ventes d’équidés sur TikTok. Ici, l’ironie de la formule révèle la fascinante étrangeté d’un spectacle de cinéma vibrant jusqu’au bout par l’absence d’une figure imposée : le cow-boy, ou trappeur de Hollywood, valeur étalon de la Crowded Prairie. Même si, parfois, l’homme dans un western fait son âge (comme chez les frères Coen) ou qu’il se met au service de pieuses familles (La Dernière Piste de Kelly Reichardt), il reste, en général, la force motrice d’une intrigue-paysage, où l’orage s’annonce.
Dans The New West – premier long de Kate Beecroft à l’élan documentaire, sorte de chronique d’un quotidien de débrouille au scénario sans acmé –, les maris et les pères sont un tas d’ossements sous la terre, rumeurs hors champ ou lambeaux d’histoires racontées près du feu chez Tabatha, matriarche lumineuse pour qui le ciel semble presque trop bas. Rappelant discrètement les premiers films de Chloé Zhao, The New West dessine ce qui nous pousse à croire qu’un bout de terre familial, déjà fertile en chagrins, reste le seul cadre de vie désirable.
The New West de Kate Beecroft, Pyramide (1 h 37), en salle le 6 mai.
