
Dans ses deux précédents films, The World of Us (2016) et The House of Us (2019), la réalisatrice sud-coréenne posait un regard sensible sur les trajectoires de deux filles dont le monde se fissurait lentement après une rupture brutale – amicale dans The World of Us, familiale dans The House of Us. Dans The World of Love, elle poursuit son examen du microcosme de l’enfance et de l’adolescence en suivant Joo-in, une ado pleine de vie, dont l’entente avec ses camarades vole en éclat quand elle refuse de signer la pétition de l’un d’entre eux. Cette pétition, qui s’oppose au retour dans le quartier d’un pédocriminel, contient une phrase qui heurte profondément la jeune fille et qui va révéler un passé tenu secret…
En optant pour une mise en scène sans fioriture et au plus proche de son personnage principal (impeccable Seo Su-bin, dont c’est le premier grand rôle au cinéma), ce teen movie tendre brosse le portrait lumineux d’une ado en cours de reconstruction après avoir été victime d’abus sexuels dans son enfance, tout en renouvelant la façon dont le cinéma représente les victimes. Ce récit, profondément empathique, évite les stéréotypes et la pesanteur en privilégiant l’écoute et la parole, jusqu’à une scène finale poignante avec laquelle la cinéaste pointe du doigt l’omerta qui pèse encore sur les victimes de violences.
The World of Love de Yoon Ga-eun, The Jokers (1 h 59), en salle le 6 mai.