Camille Victorine et Anna Wanda Gogusey : « On ne peut pas interdire la rage, la colère et la riposte »

Gaïa, Miléna et Anselmo sont en 5e. Ensemble, ils ont interviewé Camille Victorine, autrice, et Anna Wanda Gogusey, illustratrice de « Polly peut tout », l’histoire d’une préado qui, grâce à un jeu vidéo, peut exprimer sa colère après avoir été agressée dans un bus.


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Comment vous est venue l’idée d’utiliser le jeu vidéo comme un outil de lutte contre le patriarcat ?

Camille Victorine : Le but, c’est de lutter contre l’oppression dans la vraie vie, mais pour trouver un biais un peu délirant qui ne ressemble pas à un manuel pédagogique, on a choisi de passer par le jeu vidéo. Et puis, pour Anna, visuellement, c’était génial !

Anna Wanda Gogusey : J’ai pu dessiner Polly avec d’énormes muscles. Elle peut arracher des têtes, et elle est accompagnée d’un sanglier magique… autant de choses inimaginables dans la vraie vie.

Quel est votre jeu vidéo préféré ?

A. W. G. : Toutes mes références datent des années 1990… Dragon Ball, Street Fighter

C. V. : J’ai beaucoup joué à votre âge, principalement à des jeux vidéo d’arcade, comme Zelda.

Est-ce que le personnage de Polly vous représente adolescente ?

C. V. : Il y a de moi, de ma fille, de mes nièces et de mes neveux. C’est une ado qui veut bien faire, elle est polie, et beaucoup de personnes peuvent aussi se reconnaître en elle.

Est-ce qu’être trop polie, c’est un défaut ? 

C. V. : Je n’incite pas les enfants à être impolis, mais un excès de politesse mélangé à de la timidité peut créer des situations dangereuses. On inculque trop la discrétion aux enfants. Il faut savoir dire « non », crier et signaler un problème.

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Et vous, est-ce que vous parliez quand vous étiez enfant ?

C. V. : À votre âge, on ne disait rien. On trouvait certaines choses bizarres, mais on se taisait.

A. W. G. : Et puis, on ne savait pas que ce n’étaient que des agressions. Dans le livre, on montre des choses qui ne se font pas et on donne des outils pour les repérer. En parler, cela accélère le processus de guérison.

D’après vous, est-ce que Polly a le droit d’être violente ?

A. W. G. : Oui, dans le jeu, mais dans la vraie vie…

C. V. : C’est une question délicate. On n’encourage pas la violence, mais on ne peut pas interdire la rage, la colère et la riposte.

Pourquoi la « sanglière » est l’animal totem de Polly ?

C. V. : C’est mon animal totem. Je l’ai découvert lors d’une méditation.

A. W. G. : Je suis aussi tatoueuse et, quand on s’est rencontrées avec Camille, elle m’a demandé de lui tatouer une « sanglière » sur la jambe.

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Avez-vous fait exprès d’écrire « sanglière » à la place de « laie » ?

A. W. G. : Oui, parce que laie, c’est laid et que je trouvais ça injuste. « Sanglière », c’est beaucoup plus cool !

Pourquoi Polly a le médaillon à la fin alors qu’il provient du jeu vidéo ?

C. V. : C’est pour montrer la porosité entre les deux mondes et symboliser ce qu’elle a appris grâce au jeu. C’est une force qu’elle garde dans la vraie vie.

Polly peut tout d’Anna Wanda Gogusey et de Camille Victorine (La ville brûle), dès 9 ans.