
Présenté à la Mostra de Venise 2025, ce nouveau film s’inscrit, comme Elephant (2003), Prête à tout (1995) ou Harvey Milk (2009), dans l’une des obsessions du cinéma de Gus Van Sant : scruter des existences à la marge ou en rupture, à partir de faits réels. Dans La Corde au cou, le cinéaste s’empare de l’histoire de Tony Kiritsis. Le 8 février 1977, cet Américain sans histoires kidnappe Richard Hall, fils du courtier qu’il estime être responsable de sa situation financière désespérée. Ce geste minutieusement préparé déclenche un emballement médiatique qui dépasse rapidement le simple fait divers. Van Sant rend compte de l’ampleur de l’événement en élargissant de plus en plus le cadre de son récit. Entourée d’une police débordée, de journalistes carriéristes, l’affaire se transforme en spectacle national lorsque Fred Temple (très bon Colman Domingo), star de la radio locale, devient le relais du ravisseur auprès de la population d’Indianapolis.
Le cinéaste intègre de fausses archives sous la forme de photographies argentiques ou de captations vidéo des journalistes, comme il l’avait fait pour Harvey Milk. Ce dispositif, couplé aux points de vue qui se multiplient, permet une immersion fabuleuse dans l’action et dans les années 1970, un vrai plaisir pour les yeux. Devant le film, on pense naturellement à Un après-midi de chien (1976), l’un des plus beaux films de Sidney Lumet. On retrouve la même invitation faite au spectateur à interroger sa propre position morale (et un rôle pour Al Pacino, qui a troqué son costume de criminel pour celui de grand patron cupide). C’est tout l’enjeu de ce qui se joue au plus proche de la prise d’otage, à travers la relation entre le ravisseur – génial Bill Skarsgård qui oscille entre gaucherie et détermination froide – et sa victime. Comme une partie de ping-pong, le cinéaste s’amuse à nourrir cette savoureuse ambivalence morale où empathie et réserve se répondent sans cesse.
La corde au cou de Gus Van Sant, ARP Sélections (1 h 45), en salle le 15 avril.