« Romeria » de Carla Simón, bouleversante quête des origines

Coming-of-age au souffle et au regard longs, le troisième long de Carla Simón est un poème ancré dans l’histoire personnelle et morcelée de la réalisatrice espagnole.


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Lancé dès sa première image sur les eaux infinies de l’océan Atlantique, Romería ne les quitte jamais vraiment, tant est convoquée l’entière polysémie de la navigation – à commencer par le prénom de l’héroïne, Marina. Pour l’obtention d’une bourse, la jeune femme doit récupérer un document d’état civil que seule sa famille biologique peut établir. Adoptée très jeune après avoir perdu ses deux parents, Marina se rend à Vigo, en Galice, dont ils étaient originaires, pour rencontrer tout un pan de sa famille. Une entreprise aux allures d’enquête qu’elle documente au Caméscope, au début des années 2000, et qui va mettre au jour les vérités dont elle a jusque-là été privée.

Pour dire le grand trouble dans lequel cette héroïne taiseuse est projetée, le film ne cesse de jouer des distances et des déplacements dans l’espace, en mer comme sur la terre ferme, avec un sens immense du cadre et de la profondeur de champ. S’y agite une myriade de personnages qu’il est d’abord difficile d’identifier, par leur nombre, dans leur lien de parenté avec Marina, mais aussi par la vivacité avec laquelle ils interagissent, ce qui offre beaucoup de mobilité narrative à Carla Simón. Au creux de cette joyeuse cacophonie, comment retracer son histoire, silenciée par la honte ? Un œil dans le viseur de sa caméra, l’autre à parcourir les journaux intimes de sa mère, Marina reconstruit peu à peu un passé dont elle ne possède aucune image et qui existe seulement à travers les récits parcellaires des autres. Dans son tout premier rôle, Llúcia Garcia, dont le visage traverse les époques, habite ce film fougueux, qui ne craint jamais de s’approcher trop près de la vie.

Romería de Carla Simón, Piffl Medien (1 h 55), en salle le 8 avril.