
À chaque fois, c’est la même chose. L’angoisse de devoir répondre à cette question. Alors, je vous rassure tout de suite, je connais la réponse. Non, c’est la suite qui me tend. Je n’ai pourtant pas un prénom si compliqué. Deux syllabes, c’est efficace, propre, pas de fioritures. Ça m’a permis de briller fastoche tout mon CP. Mais, en grandissant, j’ai compris. Il y a quelque chose qui n’imprime pas dans ce prénom. Je finis toujours par devoir m’expliquer.
Ma mère m’a toujours dit « comme Ernest Renan », du nom d’un écrivain sinistre du xixe, ce qui n’aide pas et me fait irrémédiablement passer pour un mec pénible. Aujourd’hui, je tente de m’en sortir avec un « oui, comme le chanteur français des années 2000 que tout le monde a oublié, c’est ça », m’obligeant ainsi à raviver des souvenirs douloureux pour tout le monde. Avec les plus sagaces arrive parfois le : « Mais, t’es breton ? » Ma connaissance de la Bretagne se limitant au beurre salé et au refrain de « La Tribu de Dana », j’ai déçu pas mal de Titouan et de Guénolé. Le plus souvent, j’accepte mon sort et je souris quand on m’appelle Renaud.
Et, pourquoi pas, après tout ? Est-ce qu’un prénom change la vie ? J’envie parfois les Stéphane, les Clément, les Alexandre qui, toute leur vie, trouveront toujours leur nom sur des bols bretons, auront le bon prénom écrit sur leur gobelet de café et auront même droit à des diminutifs cool (Alex, c’est quand même mieux que Re-re ou Nan-nan…). Un prénom pour avoir aussi le droit de se la couler douce dans la masse. Cela dit, mes parents voulaient m’appeler Swann, autant vous dire que je reviens de loin (et d’une enfance à détester Dave).
Nicolas et Bruno, deux prénoms pour un duo devenu un univers. Depuis Message à caractère informatif, leur merveilleuse émission des années 2000, ils dégomment l’assignation à une vie rangée, à travers séries, films et spectacles, l’hyper banal consumérisme et l’angoisse de l’esprit d’entreprise. Tout ce qui nous enferme, nous ordonne et finira par nous éteindre. Leur nouveau film, Alter ego, propose une idée de génie : Alex mène une vie toute droite dans un pavillon de banlieue avec femme et enfants. Heureux, en somme. Mais, un jour, Axel emménage à côté de chez lui avec sa femme. Alex en est certain, Axel est son double. C’est lui, mais avec des cheveux. Lui, en version réussie. Deux lettres qui s’inversent et toute une autre vie. Le bonheur des autres qui rend fou.
Derrière l’irrésistible comédie noire surgit une angoisse : « Et si j’étais la pire version de moi-même ? » Existe-t-il, quelque part, un Ronan qui sait où il va et pour qui tout est une solution et non un problème ? Pas sûr d’avoir envie de le rencontrer. Comme le montre cette comédie méchante comme il faut, dans les temps morts du quotidien, les trucs pas toujours réussis, nos ratés, nos doutes et notre flemme, il existe une vérité qui, si elle ne fait pas toujours rêver, vaut mieux que l’enfer de la perfection. Faire la paix avec soi et tout ce qu’on ne réussira pas. C’est la preuve que l’important dans la vie n’est pas de se faire un nom, mais plutôt d’apprendre à aimer son prénom.
Alter ego de Nicolas Charlet et Bruno Lavaine, Tandem (1 h 44), sortie le 4 mars