
Depuis Augustine (2012), Alice Winocour n’a cessé d’explorer des univers variés, les mêmes motifs qui forgent les obsessions d’une filmographie impressionnante dans son harmonie, sa tenue. Des corps possédés, abîmés, en convalescence peuplent son cinéma dont l’empreinte guerrière est sans cesse assouplie par un regard doux qui étreint les corps pour mieux les réparer.
Coutures est à l’image de cette contradiction faussement paradoxale : le film est à la fois titanesque dans son ambition chorale, formelle, dans son casting cinq étoiles et il est, en même temps, parfaitement étranger au tour de force. La délicatesse avec laquelle Winocour s’emploie à tisser (la métaphore de la couture est ici plurielle et s’étend partout comme une élégante toile d’araignée) les portraits de ses personnages féminins est prodigieuse de finesse, de sensibilité, de profondeur.
Les récits s’entrelacent et, à travers leurs frottements, naît une sorte de reconnaissance (un regard échangé ; deux prénoms qui riment), de transmission (d’une actrice à une autre, d’Aurore Clément à Angelina Jolie) entre ces femmes, toutes porteuses d’une marque, d’une blessure. Dans ce palais des glaces de la mode, où le corps sont poupées, où l’image de soi se dilue dans d’infinis reflets déformés, ce réseau affectif souterrain apparaît comme un refuge silencieux, un rempart pour les minorités, les précaires, une marge à habiter. Un lieu d’insurrection secrète.
Coutures d’Alice Winocour, en salle le 18 février, Pathé (1 h 47)
