
Figure majeure du cinéma mondial depuis Old Boy, sorti en 2004, Park Chan-wook a le don de faire de chacun de ses films un événement. Quatre ans après Decision to Leave, il revient avec le portrait glaçant de You Man-su, incarné par l’excellent Lee Byung-hun (Joint Security Area du même réalisateur, la série Squid Game…).
Cadre modèle dans une usine de papier, père de famille sans histoires, Man-su voit son existence heureuse et bourgeoise s’effondrer lorsqu’il est brutalement licencié. Confronté à un marché du travail impitoyable, il en vient à envisager l’impensable : liquider physiquement ses potentiels concurrents. Sous les atours du thriller, Park Chan-wook déploie une farce sociale tragique qui explore la dégradation morale d’un individu broyé par les logiques économiques contemporaines, la peur du déclassement et le poids grandissant de l’IA dans le monde du travail. Refusant précisément de céder à une narration mécanique voire robotique, le cinéaste privilégie au contraire une mise en scène ludique et virtuose : variations de rythme, ruptures de ton, goût assumé pour l’absurde et l’excès…
Jouant avec la grammaire cinématographique, multipliant les raccords inattendus et les effets de contraste, Aucun autre choix forme un spectacle foisonnant, percé d’humour noir, de violence, de narcissisme et d’émotions contradictoires. La musique, pensée comme un personnage à part entière dans certaines séquences, donne lieu à des envolées mélodramatiques de haute intensité. Entre satire sociale évoquant parfois Parasite de Bong Joon-ho et cartoon cynique en roue libre, Aucun autre choix transforme la brutalité d’un système économique déshumanisant en un ballet formel d’une redoutable élégance – où subsiste, malgré tout, une fragile lueur d’humanité.
Aucun autre choix de Park Chan-wook, sortie le 11 février, 2h19, ARP Sélection
