« La Grazia » : Paolo Sorrentino revient en grâce et en épure

Après la « male-gaze party » de « Parthenope », Paolo Sorrentino revient avec un film moins tapageur mais davantage émouvant, dans la lignée de « La Grande Bellezza » et d’« Il Divo », deux de ses précédents films. Portrait d’un homme politique aux antipodes de l’époque, « La Grazia » a le charme discret des grands films.


La Grazia de Paolo Sorrentino
La Grazia de Paolo Sorrentino

À six mois de la fin de son mandat, Mariano de Santis, président de la République italienne fictif et héros du nouveau film de Paolo Sorrentino (incarné par le génial Toni Servillo), hésite. Celui dont le rôle parait bien plus secondaire que celui du premier ministre a pourtant un double choix à faire : signer, ou non, une loi qui autoriserait l’euthanasie, et examiner deux demandes de grâce présidentielle pour des cas d’homicides conjugaux. Pour cet homme, que ses proches collaborateurs surnomment « le béton armé » en raison de son stoïcisme légendaire et de sa formation de juriste, l’heure est à l’action. Un drame pour celui qui préfère se complaire dans l’introspection.

Loin du bling-bling de Parthenope, le cinéaste filme les espaces vides, les interstices du quotidien d’un homme des coulisses soudain projeté sous les projecteurs, un protagoniste qui devient tardivement le centre des convoitises et des attentes alors qu’approchent à grands pas la fin de sa carrière ainsi que le dernier mouvement de sa vie. Dans la lignée des figures « sorrentiniennes » (Jep Gambardella de La Grande Bellezza, de Fred Ballinger dans Youth et même Silvio Berlusconi dans Silvio et les autres), Mariano de Santis est un personnage saisi à un moment charnière, mais c’est surtout un homme qui doute. Et c’est sûrement ce qu’il y a de plus beau. A l’heure où les certitudes personnelles sont érigées en vérités universelles, la Grazia propose une ode à la réflexion, à la nuance et à la pondération. Si Mariano est loin d’être parfait, il est peut-être le héros dont notre époque a besoin : celui qui n’a jamais voulu en être un.