
C’est une fresque impressionnante, de facture (volontairement) classique, un peu docte parfois. Finement écrite, elle n’oublie pas pour autant de faire exister ses personnages. Soldats et bureaucrates britanniques, fermiers, rebelles et érudits arabes…
L’ensemble décrit une Palestine mandataire au bord de l’implosion en 1936, alors que le Royaume-Uni renforçait son emprise en spoliant notamment des terres cultivées. Sans tricher, Annemarie Jacir réalise un film résolument anticolonialiste : elle filme les deux camps tout en sondant leur complexité. Sur le terrain, les rebelles s’arment alors que les soldats anglais multiplient les exactions : Robert Aramayo est terrifiant dans le rôle d’un capitaine d’armée qui tire d’abord et pose ensuite les questions, un vrai méchant de cinéma inspiré d’un personnage historique.
Pendant ce temps, les journaux arabes se déchirent sur la question sioniste. Ces interludes, où l’on découvre le monde de la presse d’alors, passionnent autant que ce personnage d’écrivaine nationaliste (Yasmine Al Massri) qui signe ses papiers sous un nom d’homme. Par ailleurs, dans le reste du film, de la bouche de certains villageois sortent des petites phrases qui évoquent la situation actuelle en Palestine. L’histoire, non contente de se répéter, paraît bloquée.
Palestine 36 d’Annemarie Jacir, sortie le 14 janvier, Haut et Court (1 h 59)
