
Ilya est russe, froid, fonceur, déterminé à endosser le rôle du mec insupportable. Shane est canadien d’origine japonaise, gendre idéal, indécis et embarrassé par son statut de minorité visible. Lorsqu’ils se rencontrent, en 2008, les deux sont hockeyeurs en passe de devenir les stars de leur sport. Des rivaux prédestinés qui, par le truchement d’une gourde partagée et de doigts qui s’effleurent, finiront dans le lit l’un de l’autre.
Adaptée de romans à succès, Heated Rivalry rejoue, sur un rythme trépidant, le motif connu de deux personnalités contraires qui s’attirent irrésistiblement sans parvenir à totalement se rencontrer. Et a considérablement fait monter les températures hivernales en Amérique du Nord à sa sortie peu avant Noël avec des scènes de sexe frontales (au moins trois par épisode).
Mais résumer ce phénomène à une sorte de Fifty shades of g(r)ay est une erreur. Heated Rivalry est aussi une histoire sensible de solitudes qui se reconnaissent, d’identité impossible à assumer dans le sport de haut niveau, qui ne tombe jamais dans le trope du drame doloriste mais saute à pieds joints dans un kitsch assumé et jouissif – on pense notamment à une scène de boîte sur une reprise du tube All the things she said de t.A.T.u, qui ravira tous les ex-ados des années 2000. Tout aussi kitschissimes mais intelligemment pensées, les scènes intimes se suivent sans tout à fait se répéter, reflets d’une relation mouvante et d’une affirmation de soi.
Sans être révolutionnaire, l’écriture sérielle est maîtrisée, tout en finesse dans son traitement des personnages secondaires et dans un dernier épisode étonnamment lent et doux. À l’heure où un vent de conservatisme semble revenu balayer les plateformes, Heated Rivalry est le meilleur remède au retour de bâton, un plaisir qu’on ne saurait qualifier de coupable tant il y a ici de simplicité et de libération.
sortie en début d’année sur HBO Max
● ● À LIRE AUSSI ● ● QUEER GAZE · Les mères lesbiennes déferlent (enfin) sur le cinéma français
