Le clip du mois : « Berghain » de Rosalía

Premier single du quatrième album de Rosalía, le grand « Lux », « Berghain » est accompagné d’un clip hybridant iconographie catholique et bouffées profanes.


Rosalía
© Rosalía/Youtube

Réalisé par Nicolás Méndez, le clip de Berghain ne nous plonge pas, comme son titre pourrait le laisser supposer, sur le dancefloor du fameux club berlinois, mais dans le quotidien d’une femme traversée par des visions mystiques. Au moment où Rosalía tire les rideaux de son appartement, un orchestre surgit de la pénombre : la musique se fait lumière (lux en latin) tandis que la Catalane repasse une robe, prend le bus ou fait expertiser un bijou doré évoquant le Sacré-Cœur de Jésus.

« Je garde beaucoup de choses dans mon cœur / C’est pourquoi il est si lourd », chante-t-elle en allemand dans un maelström lyrique, avant de repasser à l’espagnol : « Je ne suis qu’un morceau de sucre / Je sais que la chaleur me fait fondre ». À l’image, ledit sucre se dissout dans un café : symbole de la vulnérabilité d’une âme innocente face à l’assaut de passions dévorantes ?

Saturé de références sacrées et profanes, ce clip tourné en Pologne semble rejouer ici une scène de Bleu, le premier volet du triptyque Trois Couleurs de Krzysztof Kieślowski, avec une Binoche endeuillée. « Le seul moyen de nous sauver, c’est une intervention divine », entonne une voix angélique : celle de Björk, réincarnée, par la grâce d’images de synthèses… en rouge-gorge. Rosalía, elle, se change en Blanche-Neige. Et l’imagerie religieuse de muter en conte Disney horrifique, avec biche ensanglantée et masculin toxique. Pop extatique, divin cauchemar.